Hassan Hami, ancien diplomate, docteur en sciences politiques, revient sur la lecture des positions chinoise et russe dans le dossier du Sahara marocain, à la lumière de la résolution 2797 et des récentes évolutions géopolitiques. Il interroge la pertinence d'une “neutralité constructive” et plaide pour une lecture plus cohérente des doctrines d'autonomie et d'intégrité territoriale dans un système international en mutation.
Lors de mon passage à l’émission Le 12/13 de Médias24, le jeudi 30/4/2026, Aziz Bouceta et Adil Abdelali, futés comme ils l'ont prouvé, à maintes reprises, m'ont posé une question sur la lecture que je fais de la position de la Chine et de la Russie au sujet de la question du Sahara marocain. Ils voulaient savoir si on pouvait espérer que la Russie et la Chine sortent prochainement de leur neutralité et adoptent une position claire en faveur du Plan d’autonomie sous souveraineté marocaine dans les provinces du Sud.
Sur le champ, j’ai donné une réponse qui valait ce qu’elle valait, ne cherchant pas à être catégorique ou à exagérer mon optimisme sur l’issue prochaine de ce conflit régional autour du Sahara marocain. J'aurais pu me contenter du fait que la Chine et la Russie se soient abstenues lors du vote de la résolution 2797 du 31 octobre 2025, consacrant le Plan d'autonomie marocain comme la solution la plus réaliste pour résoudre ce conflit.
Je me rappelle l'ire des médias (et des décideurs) algériens se lamentant que ni la Russie, ni la Chine n'ont fait usage du droit de véto pour avorter la résolution susvisée. Ces médias appartiennent à un autre temps. Aiguillé, j'ai visionné l’émission plus tard. Je me suis dit alors que des éclaircissements s’imposaient pour peaufiner ma perception et être au diapason avec l'évolution du dossier qui ne cesse de faire des rebonds.
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Puis, il y a eu l'attaque de Smara dans les provinces du Sud perpétrée par le Front Polisario, le 5 mai 2026. Une attaque qui a soulevé une onde de choc massive. Des condamnations émanant de plusieurs capitales d'Europe, d'Asie et d'Amérique ainsi que des organisations régionales et internationales. Le qualificatif “terroriste” est utilisé sans ambiguïté aucune dans certaines déclarations.
L'Algérie, commanditaire, sans nul doute, de cette attaque – entre autres intervenants étatiques et non étatiques– ne s'y attendait pas. Elle sait que le fait de continuer de donner refuge à un mouvement qualifié désormais de terroriste va bientôt la placer dans la position inconfortable d'État paria.
L'Algérie le sera davantage au fur et à mesure que la procédure se rapportant aux projets de loi déposés devant les commissions appropriées au sein de la Chambre des représentants et du Sénat américains qualifiant le Front Polisario de mouvement terroriste suivra son chemin.
La tentative de coup d'État au Mali par l'utilisation du Front de libération de l'Azawad (FLA) et du Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans (Jnim), le 25 avril 2026, va dans le même sens. Le terrorisme et le séparatisme sont deux faces de la même pièce.
Le séparatisme associé au terrorisme démystifie un narratif qui a longtemps justifié la violence contre les populations civiles sous prétexte que la guerre pour ‘'la libération nationale'' peut entrainer des dommages collatéraux dans des zones loin des champs de bataille.
Dès lors, la position de la Russie et de la Chine sur le conflit régional autour du Sahara mérite d'être débattue pour pouvoir trouver une explication tangible. La lecture géopolitique est incontournable, à cet égard. Elle peut signifier que les deux pays ont des intérêts en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. Ils doivent garder une certaine neutralité, disons constructive.
Neutralité constructive : un bémol-fausse note dans une gamme majeure
En effet, la Chine entend confirmer une position équilibrée entre le Maroc et l'Algérie. La Chine a voté pour les résolutions de consensus allant dans le sens de la promotion de l'initiative d'autonomie proposée par le Maroc, notamment en 2021 (résolution 2602). Cependant, en octobre 2025, alors que le processus de résolution prend une nouvelle tournure, la Chine s'est abstenue lors du vote de la résolution 2797.
Par ailleurs, la Chine n'invite pas le Front Polisario ou pseudo-Rasd au sommet du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), fondé en 2000, en dépit des pressions exercées par l'Algérie et l'Afrique du Sud, notamment lors du FOCAC à Johannesburg de 2015. Ces pays ont avancé le prétexte que cette entité était membre de l'Union africaine. Le dernier FOCAC s'est tenu à Pékin en septembre 2024 et a confirmé la position sans équivoque de la Chine sur les critères de participation, notamment celui qui édicte que seuls les pays membres de l'Organisation des Nations unies sont habilités à y participer.
La Russie, pour sa part, s'est abstenue lors du vote de la résolution 2797 en avançant l'argument que celle-ci était déséquilibrée et qu'elle était imposée par les États-Unis. Elle confirme la position qu'elle adopte depuis 2018. Toutefois, la Russie n'invite pas le Polisario ou la pseudo-rasd au Forum de partenariat Russie-Afrique. Trois éditions du Forum ont été organisées respectivement à Sotchi (octobre 2019), à Saint-Pétersbourg (juillet 2023) et au Caire (décembre 2025).
Le même constat sur les critères de participation : la Russie réserve une fin de non-recevoir à l'Algérie, à l'Afrique du Sud et à la dernière poignée de pays africains reconnaissant encore le Polisario ou la pseudo-rasd. Lors de la 3ème édition du Forum Russie-Afrique au Caire, Alger et Pretoria ont voulu forcer la main à Moscou et au Caire pour que l'admission de cette entité artificielle ait lieu dans un pays à la fois arabe et africain.
Ainsi, Alger et Pretoria réussiraient, plus tard, à faire entrer cette entité par effraction dans le Forum de coopération Russie-Monde arabe. Ce forum est très important. Son lancement a lieu à Moscou en 2009. La 6ᵉ édition a été organisée à Marrakech en décembre 2023. Justement, l'Algérie n'y a pas participé, sous prétexte qu'elle avait rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc en août 2021.
Tout cela n'est pas convaincant selon des commentateurs et politiciens indépendants dans la mesure où la résolution 2797 a mis fin aux ambiguïtés d'antan. Pas convaincant, d'autant plus que la Chine et la Russie font face à des tentatives de séparatisme, de dissidence et de déstabilisation qui remontent à des décennies déjà .
Certaines tentatives sont ancrées dans l'histoire mouvementée des deux pays ; d'autres sont l'œuvre d'intérêts étrangers soit dans le cadre du conflit Est-Ouest, de la guerre froide ou de la reconfiguration des espaces géostratégiques.
Sans s'aventurer dans la justification ou la récusation des revendications des mouvements dissidents dans les deux pays, l'observateur neutre ne peut qu'être confus par l'ambivalence de la position de Pékin et de Moscou à l'égard du conflit régional autour du Sahara.
L'argument que les deux capitales s'insurgent contre la mainmise des États-Unis sur ce dossier et pas forcément contre le Maroc semble être de la poudre aux yeux. Sur d'autres dossiers brûlants, cet argument n'est pas –ou est timidement – avancé.
De même que l'argument selon lequel la Russie et la Chine chercheraient à maintenir un certain équilibre au sein du Conseil de sécurité pour laisser la porte ouverte aux initiatives de résolution des conflits complexes tels que celui du Sahara, manque de panache. Mieux, l'argument est contredit par leurs perceptions d'autres dossiers directement liés à leurs intérêts vitaux.
Que l'on y regarde de plus près. Si pour la Russie, le statut des républiques russes du Caucase du Nord donne une idée précise du régime de l’autonomie au sein de la Fédération de Russie, le cas de la Chine mérite une attention particulière. Ceci est d’autant plus impératif que ma lecture des dessous du sommet Trump-Poutine à l’Alaska (août 2025) semble pertinente (Hami H., La géopolitique comme une science exacte, MEDIAS24, le 11 août 2025).
Cette lecture est pertinente à plus d’un titre. Tout d’abord, la Chine. Un événement est passé sous silence et démontre que chez nous, les médias se laissent souvent entraîner à traiter des sujets préconditionnés sans être plus attentifs au-delà du chemin tracé par des intérêts diffus.
Il s'agit, en l'occurrence, de la visite à Pékin, le 10 avril 2026, de Cheng Li Wan, cheffe du Kuomintang-KMT, parti de l’opposition taïwanaise. Une visite historique, la première du genre d’un responsable du KMT depuis trois décennies. Cette visite s’inscrit dans une mission de paix en vue d’apaiser la tension entre Pékin et Taipei.
Il faut rappeler que les tentatives de rapprochement entre Pékin et Taipei remontent au consensus de 1992. Ce consensus est fondé sur l’idée ‘'d’une seule Chine et de plusieurs versions''. Comme il fallait s'y attendre, le gouvernement taïwanais, conduit par le Parti progressiste démocratique (DPP), parti nationaliste qui prône l'indépendance, stigmatise cette visite.
Deux poids, deux mesures : un balancier sous le poids de la démesure
Taïwan est une histoire complexe qui reflète un bras de fer qui n’en finit pas entre deux entités qui se neutralisent en coopérant ; chose qui intrigue les observateurs étrangers. La spécificité de la Chine (Chine continentale et régions jouissant d'une organisation administrative spéciale) fait qu'elle associe idéologie imperturbable et ouverture sur le capitalisme. Il en fait l’illustration à Shanghai et à Hong-Kong.
Des observateurs avérés y voient une subtilité politique et diplomatique qui force l'admiration, n'en déplaise aux détracteurs d'un pays qui ne doute pas de ses moyens et de sa capacité à réaliser la parité stratégique avec les États-Unis et la Russie dans moins de deux décennies à venir.
D'où la signification profonde de la phrase utilisée par le président Xi Jinping à l'occasion de la visite du président Donald Trump à Pékin, le 14 mai 2026. Il met en garde que les États-Unis et la Chine ne tombent dans le piège de Thucydide.
Cette expression est utilisée par le théoricien des relations internationales Graham Allison en 2011 qu'il consacre en 2017 (G. Allison, Destined for War : Can America and China Escape Thucydide's Trap ?). Elle rappelle la lutte pour la puissance et la domination entre une puissance dominante et une puissance émergente.
Si une confrontation militaire directe devait arriver, les deux prétendants à maintenir ou à atteindre la puissance finiraient affaiblis, comme ce fut le cas de Sparte et d'Athènes à l'occasion de la guerre du Péloponnèse (431 à 404 av. J.-C. Sparte serait les États-Unis et Athènes serait la Chine.
Justement, le piège de Thucydide que Graham Allison a vérifié dans seize cas à travers l'histoire n'épargne aucun espace géopolitique contemporain, y compris l'Afrique du Nord. Cette fois, le concept peut s'appliquer à des puissances intermédiaires montantes qui, à force de vouloir se dégager du statut de proxy, tomberaient dans le piège de s'entêter à freiner la montée de l'influence des voisins.
De même que pour rester dans le même esprit d'emprunts historiques, on peut se référer à Néron (37 ap. J.C- 68 ap. J.C). Cet empereur romain commandite l'incendie de Rome et l'utilise comme prétexte dans l'espoir de se maintenir au pouvoir sur le plan interne et de créer la zizanie dans les espaces géopolitiques limitrophes.
L'attaque contre Smara et la tentative de coup d'Etat au Mali par agents interposés ne sont pas loin de rappeler la tentation suicidaire de Néron. La fuite en avant constatée au lendemain du 31 octobre 2026 ne vise pas seulement à freiner le processus du règlement du conflit du Sahara, mais aussi à maintenir en vie la MIMURSO dont la mission arrivera inéluctablement à terme dans les mois à venir.
La Chine et la Russie seraient attendues en octobre 2026 pour savoir si une évolution était observée dans leurs perceptions de la manière dont le conflit du Sahara serait résolu dans l'esprit et la lettre de la résolution 2797. La position des deux pays quant au mandat futur de la MINURSO serait observée à la loupe. Ce mandat doit être revu pour que le Conseil de sécurité soit fidèle à la logique du compromis atteint le 31 octobre 2026.
Entrons maintenant dans le vif du sujet. Quelle relation entre la position de la Chine sur le Sahara marocain et Taïwan ? Que représente la visite de la dirigeante de l’opposition taïwanaise à Pékin ? Pour répondre à cette question-piège, j'avance une série d'explications.
Premièrement, sur un registre plus général, je dirais que le sommet de l'Alaska entre les présidents Donald Trump et Vladimir Poutine en août 2025 a été une opportunité pour la Russie et les États-Unis de se répartir l’influence dans un système international chancelant, zigzagant et se dirigeant vers l’inconnu.
Deuxièmement, la Chine fait partie des pays concernés par les tentatives d’échafaudage d’une nouvelle géopolitique à trois têtes dominant leurs espaces respectifs : les États-Unis, la Russie et la Chine. La visite du président Trump à Pékin du 13 au 15 mai 2026 confirme cette analyse.
Des commentateurs occidentaux et asiatiques craindraient que les États-Unis et la Chine ne concluent un deal qui mettrait en danger les alliances traditionnelles que certains pays ont avec Washington et Pékin. La guerre tripartite entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran a été abordée, mais elle n'aurait pas constitué l'objet principal des entretiens des deux chefs d'État américain et chinois.
Troisièmement, sur un registre plus particulier, je rappellerais qu'à plusieurs reprises, des amis étrangers m’ont approché pour s’enquérir de la lenteur de la délivrance de visas d'affaires à des ressortissants Taïwanais pour visiter le Maroc. J’ai expliqué du mieux que je pouvais, pour rester politiquement correct, les tenants et aboutissants de cette procédure.
La politique “d'une seule Chine” ou “de la Chine unique” est celle qui est adoptée par le Maroc. La délivrance de visas d'affaires est soumise à des conditions précises. Certaines personnes ne comprennent toujours pas cette procédure ou elles ne veulent rien comprendre.
Quatrièmement, la Chine est contre le séparatisme. Cela est indéniable. La région autonome musulmane du Xinjiang au nord-ouest de la Chine fait que Pékin ne peut ouvrir une brèche qui lui soit fatale dans une certaine mesure. Du reste, l'organisation administrative en Chine est caractérisée par l'existence de cinq régions autonomes, dont le Tibet, la Mongolie-Intérieure, le Ningxia et le Guangxi et naturellement le Xinjiang.
De même que le conflit du Cachemire donne du fil à retordre à la Chine depuis la première guerre indo-pakistanaise de 1947. La Chine contrôle la région d'Aksaï Tchin et la vallée de Shaksgam. L'Inde contrôle le Jammu-et-Cachemire et le Ladakh, tandis que le Pakistan administre l'Azad Cachemire et Gilgit-Baltistan.
Le séparatisme à la carte : une aberration dans une boussole dérayée
Cinquièmement, Taïwan pourrait ne pas être une priorité dans le bras de fer entre la Chine et les États-Unis. Non seulement suite -je présume- aux arrangements conclus à l’Alaska, mais aussi pour séduire Pékin et l’amener à accepter une certaine forme de parité stratégique plus tôt que ne l'envisagent les décideurs chinois.
Il est certain que la guerre tripartite entre les États-Unis, Israël et l’Iran a mis un peu d’eau dans le vin du président Trump. Il s’agit d’une métaphore, car le président américain a déclaré dans le passé qu’il n’avait jamais bu d’alcool durant toute sa vie.
Pourquoi la visite de la cheffe de l’opposition taïwanaise KMT à Pékin est-elle inédite ? Pour y répondre, il faut rappeler certains faits historiques. Ils mettent en évidence une sorte de choc des légitimités nationalistes en Chine. La victoire de Mao Zedong (1893-1976) contre Tchang Kai–Chek (1887-1975) est perçue par ce dernier comme une usurpation du pouvoir –et la réunification avec la Chine continentale doit se produire quels que puissent être les sacrifices.
Mao Zedong estime que cette victoire est légitime car elle est l’aboutissement d’une longue marche (1934-1935) qui consacre la victoire du peuple chinois, d’ailleurs confirmée contre l’invasion japonaise (1937-1945). Tchang Kaï-Chek s’installe à Taipei et dirige Taïwan à partir de 1949 jusqu’à sa mort en 1975.
Pourquoi la Chine a-t-elle tout intérêt à sortir de la zone de confort ? L’idée de l’autonomie proposée par le Maroc pour les provinces du Sud serait inspirante pour la gestion de la problématique territoriale de la Chine. Comment ? Simple. L’idée du consensus de 1992 peut être judicieuse. Les précédents de Hong-Kong et de Macao sont suffisamment édifiants pour ouvrir le débat sur la question de l’intégrité territoriale de la Chine.
Certes, tourner la page, comme si de rien n’était, ne serait pas facile. La gestion du temps, comme les décideurs à Pékin et les indépendantistes de Taïwan savent le faire, peut ne pas suffire cette fois-ci. Mais, comme dirait quelqu’un “de quoi je me mêle ?” Eh bien le précédent chinois concernant, encore une fois, Hong-Kong et Macao, peut servir pour la résolution des cas similaires concernant des territoires sous souveraineté timorée en Asie, en Afrique, en Europe et en Amérique latine.
Maintenant la Russie et le Caucase du Nord. La curiosité intellectuelle et les impératifs stratégiques méritent qu'on s'y intéresse pour tenter de comprendre la confusion partagée par de nombreux analystes concernant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’intégrité territoriale, la fédération, la confédération – et en ce qui nous concerne –, l’autonomie sous ses différentes formes.
Le Caucase du Nord comprend sept républiques autonomes dans le cadre de la Fédération de Russie. Les républiques les plus importantes qui ont été sous les feux de la rampe durant les trois dernières décennies sont le Daghestan, la Tchétchénie, l'Ingouchie et le Tatarstan. Elles ont été intégrées à l'Empire russe au lendemain de la guerre du Caucase qui a duré quarante-quatre ans (1818-1864). Les autres républiques sont l'Ossétie du Nord, la Kabardino-Balkarie, la Karatchaї-Tcherkessie et le Kraï de Stavropol.
Au-delà de la superficie de ces républiques qui ne leur permet pas de vivre indépendamment de la Fédération russe, ce qu'il faut retenir, c'est l'organisation administrative imaginée par le pouvoir central à Moscou.
Autonomie et droit à l'autodétermination : la clarté de la résolution 2625/1970
Le Caucase du Nord a vu la création pour une courte durée de la république montagnarde du Nord-Caucase (1919-1920). Après la victoire des Bolchéviques, cette république change de nom et devient la république socialiste soviétique autonome de la Montagne. Les velléités indépendantistes ne disparaissent pas pour autant.
Il y a tout d'abord la guerre de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000 et 2009) qui a enregistré la participation de combattants étrangers libellés moudjahidines. Il y a ensuite la guerre du Daghestan (1999) durant laquelle des combattants venant de Tchétchénie et épaulés par des milices étrangères y ont participé. L'intervention des troupes russes a rétabli l'ordre. Cependant, la dissidence reste vive, comme en témoignent les tensions relevées en 2024.
Deux autres guerres moins médiatisées peuvent être citées, à cet égard. D'une part, la guerre qui a lieu entre 2007 et 2015, opposant l'Ingouchie à la Tchétchénie. Elle s'est inscrite dans le cadre du soulèvement qui a suivi la guerre de Tchétchénie. L'accord frontalier signé en 2018 entre l'Ingouchie et la Tchétchénie, en vertu duquel cette dernière annexe 9 % du territoire de la dernière, a déclenché un soulèvement sans précédent.
D'autre part, le conflit qui a opposé l'Ossétie du Nord à l'Ingouchie en 1992. Le cas de l'Ossétie du Nord ne peut pas être dissocié de celui de l'Ossétie du Sud, revendiquée par la Géorgie (au même titre que l'Abkhazie), qui a déclaré son indépendance unilatérale en 2008. Les deux républiques sont reconnues seulement par la Russie, le Venezuela, le Nicaragua, le Nauru et la Syrie sous le régime Assad.
Il y a cependant un sentiment fort au sein des populations concernées pour la réunification entre l'Ossétie du Nord et l'Ossétie du Sud. La Russie aurait encouragé une telle tendance au début, avant de marquer une pause quand les tentatives de déstabilisation ont repris dans d'autres régions stratégiques pour Moscou.
Justement, la Russie si confiante et si éloquente en matière de perception des relations internationales donne du fil à retordre aux observateurs avérés. Alors pourquoi, pour reprendre la question de Adil Abdelali et de Aziz Bouceta, Moscou ne franchit-il pas le seuil des tergiversations et déclare que le plan d’autonomie est une expression tangible du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et reconnaît clairement la souveraineté marocaine sur les provinces du Sud ?
Un précédent peut inspirer, à cet égard. Le prétexte avancé par le Royaume-Uni pendant des décennies concernant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes était fondé sur les cas des îles Malouines et de Gibraltar. Les deux territoires votent toujours pour rester au sein du Royaume-Uni chaque fois qu'un référendum d'autodétermination est organisé. Ce fut le cas notamment en 1967, en 2022 (Gibraltar) et en 1986 et en 2012-2013 (les îles Malouines). L'Espagne et l'Argentine revendiquent respectivement Gibraltar et les îles Malouines.
L'Espagne dénonce les termes du Traité d'Utrecht signé en 1713 entre la France et la Grande-Bretagne, ayant mis fin à la guerre de Succession en Espagne et livré Gibraltar à la Grande-Bretagne. Madrid prend note de la situation de fait créée par le Brexit, notamment l'accord-cadre de 2025-2026 entre l'Union européenne et le Royaume-Uni visant la suppression des frontières terrestres et intégrant Gibraltar à l'espace Schengen.
L'Argentine revendique sans relâche les Malouines. Une guerre a eu lieu en 1982 entre cette dernière et le Royaume-Uni. La dispute sur la souveraineté des îles remonte à plus loin. Le contrôle des îles est passé respectivement de la France (1764), à l'Espagne et au Royaume-Uni (1770). Depuis 1833, les îles sont contrôlées par le Royaume-Uni.
Longtemps, le Royaume-Uni a hésité à reconnaître publiquement le bien-fondé des revendications territoriales marocaines bien qu’il fût co-auteur des scénarios qui ont précédé l’instauration du protectorat sur le Maroc en 1912. Il en est ainsi de l'accord de 1895 signé entre le Maroc et le Royaume-Uni reconnaissant la souveraineté marocaine y compris dans le Sahara ou l'accord secret de 1904 entre la France et l'Espagne partageant leur influence au Maroc. Ceci sans parler de la Conférence de Berlin de 1884-1885 sur le partage de l'Afrique ou de la conférence d'Algésiras de 1906 consacrée au Maroc pour départager les convoitises de la France et de l'Allemagne.
Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Le Royaume-Uni se rallie à la plupart des pays européens et reconnait que le plan d'autonomie marocain constitue une base solide et unique pour la résolution du conflit régional autour du Sahara.
Légaliste en apparence, la politique du Royaume-Uni à l’égard des provinces du Sud jusqu’à 2025 a été en réalité, comme souligné plus haut, une stratégie de défense des intérêts britanniques aux îles Malouines et à Gibraltar. Le Royaume-Uni adopte désormais une position claire soutenant, sans ambiguïté aucune, le Plan d’autonomie présenté par le Maroc en 2007. La résolution 2797 du 31 octobre 2025 confirme la pertinence de son choix de la raison pour l'instauration de la paix dans l'espace euro-africain.
L'analogie est plus éloquente que la comparaison
Un diplomate qui aurait assisté à un échange musclé entre les ministres des affaires étrangères d’Espagne, du Royaume-Uni et de Russie au sujet (selon chaque partie au conflit) de l’annexion (ou la récupération) de la Crimée en 2014, raconte que Sergueï Lavrov aurait laissé ses interlocuteurs bouche bée. Il leur aurait conseillé respectivement de rétrocéder Ceuta et Melilla au Maroc, et les îles Malouines à l'Argentine avant de se lamenter sur le sort de la Crimée.
Certes la Russie ne reconnaît pas la pseudo-rasd, mais elle reçoit les délégations du Polisario à la veille des réunions annuelles de l'Assemblée générale des Nations unies. Elle s’abstient parfois et monte au créneau souvent. Cela ne l’empêche pas de signer un accord de pêche avec le Maroc qui englobe les provinces du Sud.
Alors, pourquoi ne pas oser et briser la glace ? Des intérêts stratégiques avec l'Algérie ? Repositionnement dans le Sahel ? Envie de rendre la vie rude aux États-Unis au sein du Conseil de sécurité ? Tout cela, sans doute, et plus encore. Pourtant, la Fédération de Russie comprend des républiques autonomes dans le Caucase du Nord. Qu’on en parle parfois, comme cela est relaté plus haut, serait, peut-être, une source de préoccupation supplémentaire pour Moscou !
La guerre tripartite entre les États-Unis, Israël et l’Iran a posé avec acuité la problématique des détroits et du respect de la Convention sur le droit de la mer (1982), en général. Le blocus du détroit d’Ormuz a eu la part du lion dans les analyses des spécialistes des affaires maritimes, notamment sur la question de la liberté de la navigation. D’aucuns remettent en cause l’interprétation des clauses de la Convention sur le droit de la mer en temps de crise. Si on pousse l’analyse plus loin, on dira que certains pays en tireront plus d'avantages que d’autres.
En rappelant mon argument selon lequel la rencontre au sommet de l’Alaska entre les présidents Trump et Poutine aurait défini de nouveaux arrangements géopolitiques, je dirais alors que le blocus d’Hormoz consolide la perception sécuritaire que fait la Chine dans sa sous-région. C'est dans cet esprit qu’il faut entendre la rencontre entre le président Xi Jinping et Cheng Li Wan, la cheffe de Kuomintang-KMT.
La Chine entend en profiter pour marquer, encore une fois, son espace vital. La Chine n’est pas la seule à profiter de cette brèche géopolitique. Des pays du Moyen-Orient saisiront cette opportunité pour redéfinir de nouveaux paramètres se rapportant à la sécurité militaire et au contrôle des passages maritimes.
Il n'y a pas lieu d'épiloguer sur la visite du président Trump à Pékin, les 13 et 14 mai 2026 ; cependant force est de constater une souplesse relative de la position américaine sur Taïwan. Taipei aurait beaucoup de soucis à se faire dans un futur proche. Taipei dénonce déjà les propos du président américain mettant en garde l'île de trop s'investir dans le projet d'indépendance totale.
Bien que Taïwan ait pris la décision de transférer une partie de la technologie des semi-conducteurs destinée à la voiture électrique et à d'autres utilisations aux États-Unis, ces derniers sont conscients que Taipei ne transférerait qu'une partie de cette technologie. C'est son bouclier contre un revers potentiel de Washington à l'avenir dans le cadre d'un réajustement stratégique incontournable en Asie.
Il est certain que dans quelques années, les langues vont se lâcher, et des révélations seront faites sur ce qui s’est passé entre 2020 et 2026 sur l'échiquier stratégique global. Sans doute serait-on surpris de l’absurdité de certaines lectures distillées, çà et là , sur un système international dont les mécanismes surprennent tout le monde, y compris les planificateurs et stratèges militaires les plus futés.
Zone de confort, zone d'ombre : l'ambiguïté ne signifie pas la visibilité
Alors pourquoi la Chine et la Russie ne sortent-elles pas de la zone de confort au sujet du Sahara marocain, alors qu'elles appliquent des régimes d'autonomie qui ont valeur de souveraineté sans que cela crée des émules ? Gestion de temps ou politique équilibriste exagérée ?
Certes, les deux pays proclament respecter le droit international et la prééminence des Nations unies dans la résolution des conflits internationaux, néanmoins ils ne peuvent pas, sérieusement et honnêtement, ignorer l'évolution de la perception onusienne du droit des peuples à l'autodétermination et la nécessité de respecter l'intégrité territoriale des États souverains.
Cette évolution est passée de l'interprétation divergente des résolutions adoptées par l'Assemblée générale des Nations unies, en l'occurrence la résolution 1514 du 14 décembre 1960 et la résolution 1541 du 15 décembre 1960, à une interprétation plus large et plus logique consacrée par la résolution 2625 du 24 octobre 1970.
L'adoption de la résolution 2625 est intervenue au lendemain de la rétrocession de Sidi Ifni au Maroc en 1969 en exécution de la résolution 2072 adoptée en 1965 appelant l'Espagne à engager des négociations avec le Maroc sur la rétrocession de Sidi Ifni et du Sahara espagnol.
Du reste, l'autonomie en tant qu'expression novatrice du droit à l'autodétermination est appliquée de différentes manières en Chine, en Russie, en France, au Royaume-Uni, en Espagne, au Brésil et au Mexique, etc. Alors pourquoi hésiter encore après l'adoption de la résolution 2797, bien que Pékin et Moscou se soient abstenus ?
La Chine et la Russie sont l'objet des tentatives de séparatisme qu'elles gèrent du mieux qu'elles peuvent. Cependant, le danger est permanent. Loin de leurs pays, elles ont des investissements au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. Ces investissements sont menacés par des mouvements prônant la déstabilisation comme approche existentielle.
Il en est ainsi dans la région sahélo-saharienne. Le Niger, le Mali, le Burkina Faso, le Tchad sont des cibles prisées des mouvements séparatistes, quelle que soit la bannière sous laquelle ils se rangent. La jonction entre l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne doit se faire dans un climat de paix et de sécurité.
Les États-Unis et le Nigéria ont annoncé, samedi dernier, avoir mené une opération conjointe qui a conduit à l'élimination à Bornou d'Abou Bilal al-Minouti, chef adjoint du groupe État islamique. Abou Bilal avait été annoncé mort en 2024, mais cette fois-ci, l'information confirmée par les présidents Donald Trump et Bola Ahmed Tinubu semble plus crédible.
Déjà , la Russie fait savoir qu'elle n'a pas l'intention de sacrifier sa présence dans certains pays africains du Sahel, malgré les messages qui lui ont été envoyés récemment à travers les attaques contre le Niger et le Mali. Ancien Wagner ou ‘'Africa Corps'', pour la Russie, c'est du pareil au même ; la présence russe, estime Moscou, est fondée sur des accords avec les gouvernements en place.
La Chine, pour sa part, observe la situation de plus près. Elle risquerait de subir le même sort qu'elle a subi au Venezuela après le renversement de Nicolás Maduro et la perte des approvisionnements en pétrole émanant d'un pays producteur aussi important. Perdre ses intérêts ascendants en Afrique, à cause d'une prudence géopolitique exagérée, ne se justifie nullement.
La Chine peut capitaliser sur les résultats obtenus à la suite de la visite du président Donald Trump à Pékin, pour sécuriser dans l'espace atlantique une place qui soit à la hauteur de ses ambitions à l'horizon 2050. Elle aura une opportunité favorable avec la visite du président Vladimir Poutine à Pékin les 19 et 20 mai 2026 pour le faire et sortir rassurée des turbulences géopolitiques qui secouent un système international en transition scabreuse.
L'interprétation que j'ai avancée se rapportant aux résultats du sommet de l'Alaska d'août 2025 confirme sa pertinence. Une répartition de rôles et des zones d'influence se précisent. Mine de rien, l'Afrique serait présente dans les entretiens entre Vladimir Poutine et Xi Jinping – notamment les derniers développements en Afrique du Nord, le Sahel et l'Afrique centrale où la Chine et la Russie ont des intérêts en relation avec les terres rares et d'autres ressources stratégiques.
Par ailleurs, le blocus du détroit d'Ormuz, le blocage de la circulation maritime dans le canal de Suez (2021), les tensions géopolitiques régulières dans le détroit de Malacca, les risques encourus dans Bab al-Mandab en mer Rouge, le changement de main dans le canal du Panama, les altercations maritimes dans la mer Noire et les gesticulations autour du détroit du Bosphore, etc., posent un problème sécuritaire et stratégique majeur pour le commerce mondial.
Les ambitions de la Route de la soie pour la Chine et la nécessité d'accès sécurisé aux mers chaudes pour la Russie seraient altérées, si le détroit de Gibraltar et la sécurité en Méditerranée occidentale venaient à être menacés. D'où le besoin urgent de préserver cette zone, un passage incontournable pour le commerce international, afin de la maintenir loin des marchandages géopolitiques stériles.
Il faut rappeler qu'un officier supérieur au sein des Gardiens de la révolution iranienne (IRGC), le général de brigade Mohamed Reza Naqdi, a menacé en 2023 de porter le bras de fer avec les États-Unis et les Européens aux portes de Gibraltar prétendument, en représailles contre la situation dramatique à Gaza.
Ce type de menaces a été proféré également contre le Maroc en 2020, dans la foulée de la rupture des relations diplomatiques (2018) par un ancien diplomate affilié aux IRGC. En effet, les IRGC entendent utiliser les services des mouvements proxies. Les observateurs avérés avisent que des mouvements extrémistes dans la région, dont les séparatistes du Polisario, de connivence avec une branche de l'armée algérienne, seraient des bras avancés de l'Iran pour accomplir une mission pareille.
Il appartiendrait à deux pays de l'espace Maghreb-Afrique subsaharienne de revoir davantage leurs feuilles de route. D'une part, la Mauritanie, laquelle, quoiqu’encore hésitante, semblerait réaliser où se trouve son intérêt vital. Les décideurs mauritaniens montrent plus de fermeté sur la liberté de circulation sur leurs frontières avec l'Algérie, notamment pour juguler les manÅ“uvres d'éléments inféodés à des réseaux terroristes.
D'autre part, le Sénégal doit prendre le train en marche, car les risques du séparatisme sont toujours vivaces en Casamance, dont les souvenirs remontent à 1982. En effet, des affrontements militaires ont opposé l'armée sénégalaise au Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC). La signature d'un accord de paix en 2025 à Bissau est certes prometteuse. Cependant, avec la recrudescence de l'activisme de mouvements séparatistes au Niger (mars 2026) et au Mali (avril 2026), un tel accord peut sauter à la première occasion.
La plupart des pays d'Afrique de l'Ouest est consciente que l'océan Atlantique est promis à un développement et à une croissance accélérée dans les trois décennies à venir. Dès lors, la résolution des conflits endémiques et l'enterrement de la hache de guerre deviennent impératifs. La fin des mouvements proxies et la neutralisation des États parias entrent dans le cadre de ce projet de pacification prometteur.
Les experts avérés observent. Les Marocains, aussi, qui doublent de vigilance. Le prisme de la question du Sahara dans les relations internationales du Maroc s'applique à tout le monde. Déjà une dynamique est enclenchée dans les provinces du Sud. Elle tire sa légitimité et sa force de l'adhésion de nombreux pays au processus de règlement par la reconnaissance sans équivoque de la souveraineté marocaine.
Seule une poignée de récalcitrants et d'obstructeurs fait toujours la tête. Curieux destin, ils font déjà face aux tentatives de dissidence et de séparatisme. Il arriverait un temps où ils souhaiteraient que le régime d'autonomie fût appliqué dans des régions de leurs propres pays qui revendiquent déjà une indépendance totale – et à moins d'un brin de réalisme et de pragmatisme, cela risque inévitablement de se produire.





