Home World It reminds me of the time of Nazism: Marie-Thérèse, 86-year

It reminds me of the time of Nazism: Marie-Thérèse, 86-year

9
0

Son histoire avait fait réagir jusqu’aux rangs de l’État. Marie-Thérèse, une Française de 86 ans originaire de la région nantaise, a passé 17 jours dans les geôles américaines après avoir été arrêtée le 1er avril à son domicile en Alabama par la police américaine de l’immigration (ICE). Libérée près de deux semaines plus tard, elle a pu rentrer en France et retrouver ses proches. L’octogénaire a raconté à Ouest-France et au New York Times sa détention.

Dans cette interview, publiée ce samedi 25 avril, Marie-Thérèse insiste dans un premier temps qu’elle ne souhaite pas “faire parler” d’elle. “Je veux être la porte-parole de mes codétenues. Je leur ai dit : Je vais parler de vous pour que les gens sachent ce que vous vivez“, a-t-elle déclaré, ajoutant que son but était de faire “fermer ces établissements”.

L’octogénaire avait été arrêtée et écrouée dans un centre de détention car elle ne possédait pas de visa permanent. Partie rejoindre son époux Billy, son “amour de jeunesse”, un ancien soldat américain rencontré sur une base de l’Otan, avant de le retrouver en 2022, elle ne possédait pas la carte verte nécessaire pour rester après le décès de ce dernier en janvier.

Enfermée dans une “forteresse”

À l’aube de ce 1er avril, Marie-Thérèse raconte avoir été réveillée par des coups de pied dans la porte. Cinq agents de la controversée police de l’immigration sont venus l’arrêter, sans lui donner d’explications. Malgré ses tentatives de leur expliquer qu’elle n’est pas en situation irrégulière, elle est menottée et embarquée, simplement vêtue d’une chemise de nuit et d’une robe de chambre.

D’abord placée dans une “minuscule cellule”, la femme de 86 ans est ensuite été envoyée à la prison de Birmingham (Alabama) où sont placés les migrants et prisonniers de droit commun. Marie-Thérèse raconte qu’elle a été contrainte de se déshabiller devant tout le monde et de revêtir une “salopette verte de gris, sale”, avant d’être mise dans une cellule avec une quinzaine de personnes, dont une femme droguée. “J’étais terrorisée”, se rappelle-t-elle.

Trois jours plus tard, l’octogénaire apprend qu’elle est transférée dans un centre de détention à Basile, en Louisiane, à plus de 700 km. Avant d’embarquer dans l’avion qui la conduira là-bas, elle et d’autres migrantes, Marie-Thérèse explique avoir passé toute la journée à attendre dans un bus, sur le tarmac, sans eau ni nourriture. “On était enchaînées les unes aux autres, au niveau des pieds”, décrit-elle.

Son arrivée à la prison de Basile, une “forteresse” selon elle, se fait en plein milieu de la nuit. Là, Marie-Thérèse rejoint une cellule grillagée avec une soixantaine de détenues. C’est là qu’elle va rester jusqu’à sa libération. Cris jour et nuit, “odeurs d’excréments”, douches sans rideau, réveils à 4h45, refus de soins médicaux… L’octogénaire décrit des conditions de détention épouvantables et un “ramdam incessant”.

“C’est du racisme”

Ce qui fait tenir la Française, c’est le “bon Dieu” mais surtout des “Sud-Américaines adorables” avec qui elle est enfermée et avec qui elle prie et chante. “C’est grâce à elles que j’ai réussi à tenir. L’une s’était fait arrêter au volant de sa voiture, une autre sous les yeux de ses enfants, devant l’école, qui, depuis, sont gardés par l’une de ses voisines”, explique-t-elle.

Pour Marie-Thérèse, ce qui se passe aux États-Unis est “abominable. Arrêtées à cause de leur peau mate ! C’est du racisme. Les arrestations arbitraires, les chaînes au pied, les appels en pleine nuit, la tenue, orange pour nous les migrants, verte pour les homosexuelles, rouge pour les criminelles, tout ça me rappelle le temps du nazisme.”

D’autant plus que l’octogénaire pense avoir été dénoncée par son beau-fils, un ancien policier. Elle en veut par-dessus tout à sa belle-famille, qui “dès le lendemain de la mort de Billy, m’ont fait vivre un enfer. Ils voulaient me mettre à la porte. Je n’ai pas pu faire mon deuil de mon mari”.

De retour dans la région nantaise depuis bientôt dix jours, Marie-Thérèse assure qu’elle ne retournera pas vivre aux États-Unis. “Le pays de la liberté n’existe plus”, regrette-t-elle. Cependant, elle compte toujours s’y rendre pour se recueillir sur la tombe de son défunt mari. Pour cela, elle espère “l’officialisation” de sa carte verte.