Les « Suites françaises » de Jean-Sébastien Bach par Cédric Pescia (La Dolce Volta)
Le pianiste suisse Cédric Pescia poursuit son cheminement dans l’univers pour clavier de Jean-Sébastien Bach en parcourant aujourd’hui les six Suites françaises, composées dans les années 1720. Destinées au cadre intime ou familial, elles bénéficient de la simplicité du jeu sans affectation d’un artiste dont on ressent la sincère tendresse pour ces pièces. Sa palette de dynamiques délicates explore les mille et une nuances du piano au forte, à l’image de son art du tempo juste, qui ne s’interdit pas de vagabonder à loisir pour mieux reprendre la route. Dans les mouvements les plus enjoués – menuets et gigues – les doigts de Cédric Pescia volent et palpitent sur les touches, emportant l’auditeur dans une subtile griserie.
Horizons, Symphonies n°99 et n°104 de Joseph Haydn par l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes sous la direction de Thomas Zehetmair (OnA)
Joseph Haydn est considéré comme le grand ordonnateur de la symphonie classique, genre qu’il honora à 104 reprises. L’excellent Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes propose précisément son ultime livraison, la Symphonie n°104, créée le 4 mai 1795 à Londres où le compositeur rencontra un immense succès. Comment ne pas partager l’enthousiasme du public britannique d’alors, tant cette œuvre irradie d’intelligence, d’esprit et de maîtrise ? D’autant que les musiciens et leur chef, le violoniste Thomas Zehetmair, conjuguent verve et profondeur, comme si Joseph Haydn s’était glissé à leur côté. L’album commence par la Symphonie n°99, fort séduisante elle aussi, tant la joie et les ombres rivalisent de force persuasive, servies par une instrumentation brillante.
« Invocation » par Elsa Dreisig et l’Orchestre de l’Opéra Carlo Felice de Gênes sous la direction de Massimo Zanetti (Erato)
Quel est le point commun entre l’ondine Rusalka chantée par Dvorak et la prêtresse gauloise Norma dans le fameux opéra de Bellini ? La soprano Elsa Dreisig nous répond dans un merveilleux récital où l’on entend la prière qu’adresse à la lune chacune de ces deux héroïnes lyriques. Prière ou invocation à une puissance supérieure ou à un être vivant : tel est le fil conducteur de ce récital raffiné et méditatif dans lequel la soprano passe du tchèque à l’italien et du français à l’allemand ou au danois, dans une petite pièce délicieuse signée Peter Heise (1830-1879). On n’écrira jamais assez combien le timbre frais et souriant d’Elsa Dreisig s’accorde au naturel de sa musicalité, à la souplesse de ses phrases qui s’enroulent et se déroulent avec une grâce sans pareil. Ainsi dans l’Ave Maria murmuré par Desdémone avant de mourir (Otello de Verdi) ou le méconnu Clovis et Clotilde de Georges Bizet.
« So Poétique ! » par Cyrille Dubois et le Brussels Philharmonic sous la direction de Pierre Dumoussaud (alpha – Bru Zane)
Infatigable explorateur du répertoire romantique français, le ténor Cyrille Dubois s’attache aujourd’hui à un genre bien spécifique, la mélodie avec orchestre. Signées de compositeurs bien connus (Gounod, Massenet ou Fauré) mais aussi de noms tombés dans un relatif oubli (Godard, La Tombelle…), ces pièces bénéficient de l’alliage au sommet entre le chanteur et le remarquable Brussels Philharmonic, sous la baguette de Pierre Dumoussaud. Le rôle confié aux instruments, narratif et coloré, dépasse de beaucoup la simple mise en lumière de la voix soliste. La tessiture très longue, propre au ténor haute-contre, et l’attention au texte – diction et sens – s’appuient ici sur une interprétation jamais contrainte ni maniérée. Cyrille Dubois est un orfèvre incontestable comme l’illustre, entre bien d’autres, Le Poète et le Fantôme de Jules Massenet.
« After Dark, A Midnight Fantasia » par Pierre Gallon (Harmonia Mundi)
« Je voulais raconter une nuit anglaise… Une nuit universelle inspirée par les Sonnets de Shakespeare… », confie Pierre Gallon en préambule de son enregistrement, aussi original qu’envoûtant. Puisant au gré de sa fantaisie et de son immense culture du répertoire ancien, l’artiste nous invite à traverser les heures nocturnes, avec Peter Philips (1560-1628), William Byrd (1540-1623), John Dowland (1563-1626) et même Bernard Foccroulle (né en 1953). L’organiste et compositeur a en effet écrit la très belle Night, en écho à ces prédécesseurs… Interprète virtuose et inspiré, Pierre Gallon sollicite les timbres de plusieurs instruments, comme autant de portes ouvertes sur des rêves sonores : un virginal, deux clavecins différents et même un piano-jouet ! Autant d’univers sensoriels magnifiés par la somptueuse prise de son, signature du label Harmonia Mundi.




