L’Institut du monde arabe va nommer mardi le successeur de l’ancien ministre de la Culture qui a quitté l’institution après la révélation de ses liens avec Jeffrey Epstein. Plusieurs profils sont pressentis dont celui de l’ancien ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian et son ex-collègue à la Culture Rima Abdul-Malak.
Un très beau bureau avec vue sur la Seine, un budget de près de 25 millions d’euros et un poste en or pour voyager dans tout le Moyen-Orient. Après la démission de Jack Lang de l’Institut du monde arabe (IMA) après la mise au jour de relations personnelles avec Jeffrey Epstein, le conseil d’administration de l’IMA, qui se réunira ce mardi, doit désormais lui trouver un successeur.
Si la nomination du futur dirigeant reviendra in fine à Emmanuel Macron, elle doit bien être entérinée par l’institution. Impossible de savoir dans quel sens l’affaire sera tranchée quelques jours à peine après le départ de l’ex-ministre de la Culture au carnet d’adresses impressionnant qui dirigeait l’IMA depuis 2013.
Cet ancien intime de François Mitterrand a été poussé à la démission pour ses relations avec le milliardaire américain, accusé d’exploitations sexuelles de mineurs, condamné en 2008 pour trafic sexuel et mort en prison en 2019 aux États-Unis.
L’espoir d’une “sortie de crise rapide”
Sur le papier, les 14 membres du conseil d’administration, composé à parité d’ambassadeurs arabes dont la liste n’est pas connue et de personnalités choisies par le Quai d’Orsay, auront deux options sur la table. Il pourra désigner un successeur à Jack Lang jusqu’à fin décembre – qui aurait dû rester en poste jusqu’à ce moment-là – avant de prolonger son mandat pour trois ans, ou bien, choisir un dirigeant par intérim.
Un bon connaisseur du quai d’Orsay table cependant sur une “sortie de crise rapide” avec la nomination d’un nouveau président pour les prochaines années, aux antipodes de la méthode d’Emmanuel Macron qui aime plutôt attendre avant de trancher sur ce type de dossier.
“Pour se faire nommer, le CV est assez clair. Il faut avoir de bonnes relations dans les pays arabes, être poussé par la diplomatie française, apprécié par Emmanuel Macron et un bon coup de bol “, résume un ancien diplomate.
L’option Le Drian écarté par le principal intéressé
La présidence de cette prestigieuse institution, inaugurée en 1987 après un accord entre la France et 22 pays arabes, suscite évidemment des convoitises et plusieurs noms circulent. Tout en haut de la liste, selon les informations de BFM, on trouve Jean-Yves Le Drian.
Ce proche d’Emmanuel Macron coche de nombreuses cases: ancien ministre des Affaires étrangères et de la Défense, cet ex-socialiste peut se targuer d’avoir un réseau important dans le monde arabe et d’être apprécié du quai d’Orsay. Jean-Yves Le Drian a cependant un handicap: il n’a pas d’expertise particulière en matière de politiques culturelles. Officiellement, l’ancien maire de Lorient et de la région Bretagne qui est actuellement émissaire d’Emmanuel Macron pour le Liban, n’est pas intéressé.
“Il est bien dans ce qu’il fait et il est utile au pays”, a expliqué à plusieurs reprises son entourage.
Faut-il vraiment le croire? Jean-Yves Le Drian pourrait avoir été échaudé par sa précédente candidature. En 2023, au moment où le mandat de Jack Lang était renouvelable, l’ancien ministre de la Défense avait ouvertement fait campagne pour décrocher la présidence de l’IMA. Sans succès.
Deux anciennes ministres de la Culture dans la short-list
Autre casting possible: l’ancienne ministre de la Culture Rima Abdul-Malak à laquelle Rachida Dati avait succédé. Actuellement directrice du groupe de presse libanais L’Orient Le Jour, basé au Liban, son CV a de quoi donner des idées au conseil d’administration.
Née à Beyrouth, elle peut se targuer d’avoir été la conseillère culture de Bertrand Delanoë alors maire de Paris avant d’être attachée culturelle auprès de l’ambassade de France aux États-Unis, puis de rejoindre l’Élysée comme conseillère culture d’Emmanuel Macron. Cette ancienne locataire de la rue de Valois, grande amatrice de poésie, a également fait savoir qu’elle n’était pas officiellement intéressée.
“C’est drôle combien ce poste très intéressant n’intéresse officiellement personne”, sourit, ironiquement, un député macroniste, membre de la commission des affaires culturelles.
Audrey Azoulay est, elle aussi, dans la short list. L’ancienne directrice générale de l’Unesco n’a officiellement plus de travail depuis son départ de l’institution culturelle en novembre dernier. Son profil a des ressemblances avec celui de Rima Abdul-Malak.
Née de parents Marocains en France, Audrey Azoulay a occupé différentes fonctions de direction au sein du Centre national du Cinéma avant de devenir la conseillère culture du président de François Hollande. Proche de sa compagne Julie Gayet, cette énarque devient à la surprise générale ministre de la Culture pour les derniers mois du socialiste à l’Élysée.
La candidature d’Audrey Azoulay a cependant un handicap: son arrivée à l’Unesco en 2017 était mal passée dans le monde arabe. Plusieurs personnalités issues du Moyen-Orient avaient convoité le même poste et n’avaient guère apprécié la victoire de la France. Emmanuel Macron prendra-t-il le risque de fâcher les diplomaties du monde arabe représentées au Conseil d’administration qui n’auraient pas forcément passé l’éponge?
Un seul candidat déclaré: Karim Amellal
D’autres noms sont évoqués comme l’ancienne secrétaire d’État à la Ville et à la Citoyenneté Sabrina Agresti-Roubache. Productrice de la série Marseille, cette proche du couple Macron, est surtout bien connue du monde du cinéma et pourrait manquer de soutiens au quai d’Orsay. Le nom d’Anne-Claire Legendre, conseillère diplomatique d’Emmanuel Macron et ancienne porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, est également sur les rangs.
Seul candidat ouvertement déclaré: Karim Amellal, ancien délégué interministériel à la Méditerranée, nommé par Emmanuel Macron en 2020. Spécialiste de l’Afrique du Nord, il promeut depuis des années le dialogue inter-religieux.
Peu importe le nouveau président choisi, la feuille de route sera claire: faire oublier le piteux départ de Jack Lang. L’IMA se projette déjà sur ces deux prochaines expositions fin mars, dédiées à la cité libanaise de Byblos et aux “esclaves en Méditerranée” avant de fêter son quarantième anniversaire l’an prochain.






