Renaud : les démons d’un chanteur français à cœur ouvert dans un documentaire inédit
Publié le 12/05/2026 à 05:41
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A l’occasion des cinquante ans de carrière de Renaud, qui sera en fin de semaine au cœur de trois concerts au Zénith de Paris avec des invités, un documentaire inédit revient sur le parcours du chanteur et sur ses “démons”.
Mistral gagnant, Laisse béton, Dès que le vent soufflera, Dans mon HLM, Hexagone, Manhattan-Kaboul ou encore En cloque… On ne compte plus le nombre de chansons de Renaud qui ont su prendre le pouls de la société française et qui nous accompagnent depuis des décennies.
Artiste fragile et révolté, véritable gavroche de la chanson française, Renaud, qui se rêvait acteur, est devenu l’un des chanteurs préférés des Français. Un documentaire fleuve de plus de deux heures intitulé A cœur perdu, réalisé par Tancrède Ramonet et diffusé mardi 12 mai à 21h10 sur France 2, retrace la vie de cet auteur-compositeur prolifique. Étayé par des archives personnelles et le témoignage de ses proches, il pénètre dans l’intimité du chanteur et met en lumière ses combats, des secrets de famille. Il revient également aux racines de ses blessures et de ses démons, ainsi que sur une facette plus méconnue de l’artiste.
Au fil du visionnage du film dédié au chanteur, on découvre que dès les premières années de son succès, une angoisse sourde hante Renaud qui vit perpétuellement dans la peur que tout s’arrête brutalement et que son public le quitte. Mais c’est en 1985 qu’une véritable cassure se produit et déclenche chez le chanteur une pathologie qui ne le quittera pas : la paranoïa.
Cette année-là, Renaud est invité à Moscou pour les rencontres internationales de la jeunesse organisées par le Parti communiste. Il doit alors se produire sur scène. Mais lors du concert, une grande partie du public part avant la fin de la prestation, sur la chanson Le Déserteur. Profondément déséquilibré, il voit dans la désertion du public un complot fomenté contre lui et craint de ne pas sortir vivant de Russie. En réalité, le départ du public était simplement lié aux horaires des transports publics.
Arrive alors “la première crise de parano que j’ai vue de ma vie”, se souvient Mourad Malki, guitariste et ami du chanteur qui était présent à Moscou. Alors que le groupe remonte dans le bus qui doit les emmener à l’aéroport, Renaud a une attitude étrange. “On était debout côte à côte, et je le vois se baisser tout à coup”, relate le musicien. Renaud le tire alors par le bras et lui demande de se baisser aussi, car il a vu un blindé avec un fusil-mitrailleur rouler à côté du bus. “Il va nous mitrailler”, lui lance alors le chanteur. Rien ne se produit, mais Renaud lui affirme que “ce sera pour plus tard”.
Dix ans plus tard, lors d’un voyage à Cuba, les délires paranoïaques du chanteur se font plus prégnants et inquiétants. En visite dans ce pays pour les besoins d’un album et par passion pour Che Guevara, Renaud est soudain à nouveau possédé par une crise aiguë de cette affection. Après une semaine passée à visiter sereinement tous les sites importants de l’île, il est soudain persuadé que les services secrets cubains veulent l’assassiner.
“Il a eu une crise de parano terrible. Là, tu vois le bonhomme changer, ce n’est plus le même”, raconte Mourad Malki, photos de cette époque à l’appui. “Il était enfermé dans sa chambre, il ne voulait pas en sortir”, confie Dominique, son épouse d’alors. Restée à Paris, elle reçoit sans cesse des coups de fil de l’artiste, qui lui fait part de ses peurs. “Il a eu pour presque 3 000 euros de téléphone en trois jours ou quatre jours. Il ameute tout le monde, comme quoi on va le tuer etc…”, rapporte Mourad Melki, qui l’accompagnait une nouvelle fois dans ce périple, assistant impuissant aux délires paranoïaques du chanteur.
Il écrit également à sa femme une lettre dans laquelle il lui fait part de ses craintes hors norme. “Comme je te l’ai déjà expliqué longuement au téléphone, tout me laisse croire que je suis l’objet d’une machination visant à m’éliminer physiquement ici à Cuba”, écrit le chanteur. “Si je ne rentrais pas indemne à Paris, il faudra que le monde entier sache que c’est un assassinat.” Renaud finira par rentrer à Paris, mais sa pathologie perdure. Refusant de se faire soigner, il préférera noyer ses démons dans l’alcool. Sa famille ne résistera pas à son mal-être et à ses idées noires.
Le documentaire A cœur perdu, réalisé par Tancrède Ramonet, est diffusé mardi 12 mai à 21h10 sur France 2 et visible sur la plateforme france.tv.


