De quoi mettre le feu aux poudres. Lundi 13 avril 2026, Fatih Birol, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a déclaré que le mois d’avril “devrait être encore pire que mars” pour le secteur de l’énergie, quand bien même la guerre en Iran trouvait rapidement une conclusion. On a rarement fait si anxiogène ces derniers jours.
Cette sortie intervient quelques heures après l’annonce d’un blocus américain des ports iraniens qui a fait remonter les cours de l’or noir. En montant le ton, Donald Trump n’a pas arrangé les choses, même si le cessez-le-feu n’avait déjà pas permis aux bateaux de pouvoir retraverser librement le détroit d’Ormuz et donc n’a pas eu l’effet escompté à la pompe. En effet, le gouvernement espérait des baisses “d’au moins 10 centimes” à la pompe. Elles n’auront pas eu lieu.
Mais alors, comment une situation déjà préoccupante peut s’aggraver ces prochaines semaines, comme le sous-entend le patron de l’AIE ? Tout est question de temporalité, comme nous l’explique Nicolas Goldberg, responsable du pôle énergie à Terra Nova et associé du cabinet Colombus Consulting, contacté par RTL.fr.
Des bateaux vides Quand la guerre a explosé fin février, entraînant la fermeture du détroit d’Ormuz dont on parle tant aujourd’hui, les flux d’approvisionnement ne se sont pas stoppés net pour autant. En effet, certains bateaux ont eu le temps de le franchir avant que les choses s’enveniment et ont pu arriver à destination, leurs ponts chargés de carburants. Les derniers navires chargés sont arrivés à destination fin mars.
Depuis, la situation est bien différente. “Rien n’a pu être chargé” ce mois-ci dans le Golfe, a déclaré Fatih Birol en conférence de presse ce lundi 13 avril 2026. En clair, il faut comprendre que les pays n’ont plus un baril provenant du détroit d’Ormuz depuis fin mars. C’est pour cela qu’avril s’annonce pire que mars. Pour certains continents, c’est un gros problème, notamment en Asie, très dépendant des pays du Golfe, où les pénuries sont déjà d’actualité.
Un problème de kérosène et de diesel En Europe, c’est plutôt une question de prix que d’approvisionnement. En France, on disposerait d’une réserve de 120 jours, bien plus que les trois mois recommandés par l’AIE. Il ne faut pas écarter pour autant le scénario de la pénurie, selon Nicolas Goldberg. Mais ici, on ne parle pas d’essence. Ces tensions sur l’approvisionnement pourraient davantage concerner les carburants lourds, comme le kérosène ou le diesel.
En effet, avec ces 8 raffineries tournant à plein régime, la France n’est pas dépendante du Proche-Orient, qui ne représente que 12% de notre approvisionnement national. Ce n’est pas si simple pour le diesel et le kérosène. Sur ces deux produits, le pays ne raffine pas assez et importe la moitié de ce qui est consommé du Proche-Orient. C’est d’ailleurs pour cela que le litre de diesel est actuellement plus cher que le litre de sans-plomb à la pompe.
Du mieux pas pour demain Si notre expert n’écarte pas le risque de pénurie, c’est qu’il craint que la situation dure. Outre le fait que les bateaux sont actuellement vides, c’est tout un écosystème qui s’est mis en pause. Dans le Golfe, la production s’est arrêtée, comme en Irak où elle a baissé de 80%, et les équipages ont été rapatriés. “Si on rouvre le détroit, il va falloir un temps de redémarrage”, estime Nicolas Goldberg. Cette remise en route pourrait prendre plusieurs semaines, ajoute-t-il.
En conséquence, les baisses de prix ne seraient pas pour demain. “Là on a un baril à 100 dollars, je ne pense pas qu’il va revenir avant un bon moment aux 60 dollars”, a-t-il expliqué à l’antenne lundi, avant d’appeler à penser aux “alternatives”, notamment la voiture électrique. C’est bon pour la planète et désormais bon pour votre portefeuille. On comprend mieux pourquoi le patron de l’AIE a qualifié la crise énergétique actuelle comme la “plus importante de l’histoire”.







