Gisèle Pelicot: I am not an icon, the word awakener fits me better

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    Gisèle Pelicot publie “Et la joie de vivre” : le récit d’une survivante

    Son histoire est devenue le symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes. Gisèle Pelicot, droguée et violée pendant une décennie par son mari et des dizaines d’inconnus recrutés sur Internet, publie Et la joie de vivre (Flammarion), un récit personnel écrit avec la journaliste Judith Perrignon. Plus d’un an après le procès historique d’Avignon qui a bouleversé la France et le monde entier, elle revient sur l’affaire des “viols de Mazan”, son enfance marquée par la mort de sa mère, et sa vie actuelle. À 73 ans, Gisèle Pelicot a refait sa vie sur l’île de Ré, retrouvé l’amour, et se décrit comme “une femme très heureuse”.

    Le procès et la décision de s’opposer au huis clos

    À propos du 2 septembre 2024, premier jour du procès, Gisèle Pelicot se souvient : “quand j’arrive, on me sent à l’aise, on a l’impression que je suis digne, mais en fait je suis très angoissée à ce moment-là, parce que je vais découvrir qui sont ces individus pour la première fois. Cela a été un moment douloureux et très compliqué d’affronter ces individus, de les regarder en face. Je les ai vus me dévisager, me narguer, me provoquer. Ils ont essayé de me déstabiliser parce que le 2 septembre on découvre que je m’oppose au huis clos.”

    Le récit d’une vie

    Dans son livre, Gisèle Pelicot parle de son histoire, de son enfance : “ma mère a été gravement malade de ses 28 à 35 ans, jusqu’à son décès le 31 janvier 1962. Je découvre la mort en face. J’essaie de la réveiller car je ne sais pas ce qu’est la mort. Je le découvrirai quand je verrai le chagrin de mon père, qui est dévasté, et celui de mon frère. Je suis donc confrontée à cette image de la mort qui me hantera pendant des années. J’ai peur de dormir, parce que pour moi dormir, c’est synonyme de mourir.”

    Avant la révélation des faits, Gisèle Pelicot n’avait jamais consulté de psychologue : “dans ma famille, on cachait notre souffrance, nos larmes, on partageait tout ce qui allait bien, je me suis construite comme ça.” Elle dit ainsi au sujet de sa vie avec Dominique Pelicot : “on était une famille heureuse”. Elle rappelle qu'”il est faux de penser qu’un drame comme celui-là rassemble une famille, c’est une déflagration qui a tout emporté. Aujourd’hui, chacun essaie de se construire à son rythme, à sa manière.”

    Génèse et singularité du projet

    Sophie de Closets, directrice générale du groupe Flammarion, raconte la genèse du livre : “j’ai écrit une lettre à Gisèle, transmise via ses avocats, et j’ai eu la chance d’avoir un rendez-vous avec elle à Avignon alors que le procès n’était pas fini. J’avais déjà l’idée de ce livre, de cette couverture, du fait de l’écrire avec Judith Perrignon et d’en faire un récit avec une vraie ambition littéraire, qui ne soit pas un simple témoignage. On s’est rencontrées, on s’est fait confiance.” Gisèle Pelicot témoigne aussi de cette entente immédiate : “quand on a échangé avec Sophie, je me suis dit qu’elle avait des valeurs qui me ressemblaient et que je pouvais lui faire confiance.”

    Sophie de Closets souligne la singularité de ce projet littéraire : “ce qu’il y a d’unique dans ce livre, c’est le point de vue de Gisèle, le récit de quatre ans de stupeur, de déni, de sidération jusqu’au moment où elle décide de prendre la décision de lever le huis clos. Et puis c’est aussi sa vie, ces 50 ans de vie de femme, c’est un récit dans lequel beaucoup de femmes vont se reconnaître. Très peu de femmes de sa génération parlent avec autant de pudeur, mais aussi de sincérité et de franchise de leur sexualité, de leur corps, de leur rapport avec l’amour, avec leur mari.” Gisèle Pelicot ajoute qu'”on ne parlait que du devoir conjugal” aux femmes de sa génération, “une femme ne se refusait pas à son mari. Le livre lève aussi le voile sur cette manière de fonctionner, dont il est important de parler.”

    Gisèle Pelicot conclut sur sa vie d’aujourd’hui : “j’ai eu la chance de rencontrer un être exceptionnel et on s’autorise à être heureux. C’est aussi un message d’espoir à toutes ces femmes qui traversent des moments compliqués : on peut encore tomber amoureuse quand on a 73 ans.”