Dangereux pour la santé, complexe à appréhender, et bien plus répandu qu’on ne le pense. C’est le constat dressé par les experts de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui viennent de rendre un rapport sur le dopage en milieu sportif.
Plus de 3,800 études ou articles scientifiques ont été passés au crible. Ils dessinent des contrastes marqués, en fonction notamment des disciplines ou du niveau de pratique. Si les contrôles sont réguliers dans le sport de haut niveau, l’automédication est la règle dans le sport amateur. “Dans le sport de haut niveau, la prévalence du dopage est inférieure à 5%. Dans le sport amateur, on est sur des proportions qui peuvent aller jusqu’à 40%”, analyse Maryse Lapeyre-Mestre, enseignant-chercheur et praticienne hospitalière en pharmacologie clinique (Université de Toulouse). Voire même 60% si on intègre les compléments alimentaires, consommés massivement mais dont la composition est souvent opaque.
Des accidents cardiaques plus fréquents chez culturistes
Les stéroïdes anabolisants, connus pour favoriser la croissance de la masse musculaire, restent le produit dopant le plus utilisé. C’est particulièrement vrai dans les salles de sport, dont 10 à 35% des clients consommeraient des stéroïdes. Avec des effets délétères sur le cœur et les vaisseaux bien documentés: à haute dose, les stéroïdes peuvent provoquer une hypertrophie du ventricule gauche et une athérosclérose prématurée. Par rapport à la population générale, les clients de salles de fitness prenant des stéroïdes ont trois fois plus de risques de développer certaines maladies cardiaques ou d’en mourir. Les risques de troubles thromboemboliques, eux, sont multipliés par cinq.
La mort subite du champion shooté aux stéroïdes, en revanche, est un mythe. “Dans l’esprit de tout le monde, le sportif qui meurt en faisant du sport, c’est celui de haut niveau qui se dope. Je n’ai connaissance d’aucun cas. Celui qui meurt en faisant du sport, c’est le sportif amateur de 45 ans qui fait un infarctus. Ce qui ne veut pas dire que le dopage ne tue pas”, explique François Carré, cardiologue du sport au CHU de Rennes. Les stéroïdes sont également responsables de déséquilibres hormonaux, de problèmes dermatologiques ou des complications psychiatriques. Il existe enfin un risque élevé de dépendance.
Les antalgiques souvent utilisés pour finir une course
Les prises d’antidouleurs sont davantage répandues dans les sports d’endurance et de contact. Seuls certains analgésiques opioïdes sont considérés comme des substances interdites par l’Agence mondiale antidopage (AMA), mais les mésusages et surdosages sont fréquents. “Il n’est pas normal de prendre des anti-inflammatoires avant un semi-marathon pour être certain de le finir”, reprend François Carré, cardiologue du sport au CHU de Rennes, pour lequel le rôle des médecins est essentiel.
Les experts de l’Inserm relèvent enfin la multiplicité des facteurs qui permettent d’expliquer le recours au dopage: fatigue ou blessure, fragilités psychologiques, pression de l’entourage ou culture propre à la discipline. “Ceux qui cherchent plus à se comparer auront plus tendance à se doper”, explique Karine Corrion, spécialiste en psychologie sociale appliquée au sport et à la santé (Université Côte d’Azur). D’où la prévalence de l’utilisation de stéroïdes parmi les adeptes du body-building.
Ils concluent par une série de recommandations afin de lutter contre le phénomène: renforcement de la surveillance et de la recherche, adaptation des stratégies de prévention pour le sport amateur, priorité donnée à la santé sur la performance. Ils préconisent enfin l’amélioration de la prise en charge médicale des usagers de produits dopants.

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