- Les États-Unis et l'Iran échangent des tirs dans le détroit d'Ormuz ; Trump assure que le cessez-le-feu « reste en vigueur » et met en garde contre « beaucoup de souffrances » si l'accord n'est pas signé
- Le secrétaire Rubio s'entretient pendant plus de deux heures avec le pape Léon XIV dans le but d'apaiser les tensions historiques entre la Maison Blanche et le Saint-Siège
- Les fabricants d’armement confirment par des chiffres que le réarmement allemand est bien réel : Rheinmetall affiche des résultats records et prévoit une croissance de 45 % en 2026
- Les cessez-le-feu de la Journée de la Victoire s'effondrent alors qu'un plan secret du GRU russe visant à fournir des drones à fibre optique au régime de Téhéran est révélé
- Trump confirme le retrait de cinq mille soldats d'Allemagne et met en garde contre des réductions « bien plus importantes » en Europe, avec l'Espagne, l'Italie et d'autres alliés dans le collimateur
- Le cessez-le-feu entre Israël et le Liban s’effondre dans le sud avec l’escalade la plus intense depuis sa signature
- Trump et Lula da Silva tiennent une réunion cordiale à la Maison Blanche et ouvrent la voie à une renégociation des droits de douane après des mois de diplomatie glaciale
- Rack de médias
- Éditorial
La journée qui clôt cette semaine s’annonce, selon cet analyste, comme l’un de ces jours charnières où plusieurs fronts évoluent simultanément, sans que l’observateur pressé ne parvienne à discerner s’il s’agit d’un véritable tournant ou d’une simple pause entre deux épisodes de tension. Sur le front perse, le cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran ne tenait qu'à un fil hier, avec des échanges de tirs effectifs autour du port de Qeshm, à Bandar Abbas et au poste de contrôle naval de Bandar Kargan, tandis que Donald Trump, sans ciller, déclarait que « le cessez-le-feu est toujours en vigueur — je vous préviendrai quand ce ne sera plus le cas » et avertissait que, si le mémorandum n'était pas signé, « il y aura beaucoup de souffrances ». La diplomatie se déroule, paradoxalement, sur le fil du canon.Â
Parallèlement, le secrétaire d'État Marco Rubio s'est entretenu hier pendant plus de deux heures avec le pape Léon XIV au Palais apostolique, dans une tentative manifeste d'apaiser les tensions entre la Maison Blanche et le Saint-Siège après les attaques personnelles répétées de Trump contre le premier pontife américain de l'histoire. La diplomatie institutionnelle tente — pour reprendre la formule du jésuite Antonio Spadaro — de « cool the rhetoric » (apaiser la rhétorique), une tâche ardue lorsque l'un des protagonistes estime, avec une obstination imperturbable, que l'autre « met en danger des millions de catholiques ». Ajoutons à cela la confirmation, par l'intermédiaire de The Economist, d'un plan secret du GRU russe visant à fournir à l'Iran des drones à fibre optique destinés à être utilisés contre les troupes américaines ; le bilan spectaculaire de Rheinmetall, qui confirme par des chiffres — et non plus par des discours — que le réarmement allemand est réel et soutenu ; les défilés de Poutine sans chars sur la Place Rouge le 9 mai et l'effondrement des trêves conclues avec Kiev ; et la rencontre attendue, cordiale mais ambivalente, entre Trump et Lula à la Maison Blanche. Nous sommes, une fois de plus, face à des guerres de température variable dont les fils s'entremêlent en une seule journée.Â
Les États-Unis et l'Iran échangent des tirs dans le détroit d'Ormuz ; Trump assure que le cessez-le-feu « reste en vigueur » et met en garde contre « beaucoup de souffrances » si l'accord n'est pas signé
FaitsÂ
Selon des informations de Reuters, Fox News et CNN recoupées au cours de la journée, les forces américaines ont attaqué jeudi des cibles militaires iraniennes dans le port de Qeshm, dans le détroit d'Ormuz, ainsi qu'à Bandar Abbas et au poste de contrôle naval de Bandar Kargan, à Minab. L'agence d'État iranienne IRNA a confirmé une activité de défense antiaérienne à l'ouest de Téhéran et dans le quartier de Chitgar. La chaîne Mehr News a fait état d'échanges de tirs croisés dans toute la province méridionale d'Hormozgan, à Bandar Abbas, Bandar Khamir, Sirik et sur l'île de Qeshm elle-même. Ces attaques ont eu lieu à peine deux jours après que l'Iran eut lancé quinze missiles balistiques et de croisière contre le port émirati de Fujairah. Malgré tout cela, le président Trump a déclaré depuis le Reflecting Pool du Lincoln Memorial : « Ils ont joué avec nous, nous les avons pulvérisés », ajoutant immédiatement : « Je vous préviendrai lorsque le cessez-le-feu prendra fin, sinon vous verriez un grand éclat jaillir d'Iran ». Le président a réitéré son appel à Téhéran pour qu'il signe le mémorandum en quatorze points : « Les discussions se passent très bien, mais ils doivent comprendre que, s'il n'est pas signé, il y aura beaucoup de souffrances ; cela pourrait arriver n'importe quel jour, mais cela pourrait ne pas arriver. Je pense qu'ils veulent cet accord plus que moi ».Â
Implications
La situation correspond à ce que j'ai appelé dans mes rapports un cessez-le-feu à géométrie variable : les hostilités formelles restent suspendues, mais les échanges cinétiques ponctuels — « en dessous du seuil de représailles », selon la formulation du général Dan Caine, chef d'état-major interarmées — s'accumulent à un tel rythme que le Pentagone a recensé plus de dix attaques iraniennes contre les forces américaines depuis la signature du 8 avril. La doctrine trumpiste combine, avec une efficacité paradoxale, la pression militaire sélective, le blocus naval permanent et la négociation diplomatique via le Pakistan ; une combinaison qui, entre les mains d'un Marco Rubio ou d'un Steve Witkoff, pourrait déboucher sur un succès historique, mais qui, dans ses oscillations présidentielles, rappelle dangereusement la politique de la corde raide (brinkmanship) que la Guerre froide nous a appris à éviter. Le paradoxe de la décapitation — ce mécanisme par lequel une opération militaire réussie mais dépourvue de plan pour l'après-conflit finit par laisser un vide que comblent les pires acteurs du régime lui-même — continue de planer : tout accord qui laisserait intacte la troïka ultraconservatrice du CGRI (le général Vahidi, le secrétaire Zolghadr et le conseiller Rezaei) et bloquera l'aile réformiste de Pezeshkian sera voué à l'échec dès sa naissance.Â
Perspectives et scénariosÂ
Trois scénarios se dessinent à l'horizon pour les dix prochains jours. Le premier, optimiste, envisage la signature du mémorandum en quatorze points à Islamabad ou à Genève avant le sommet Trump-Xi des 14 et 15 mai, ce qui permettrait au président américain de présenter un trophée diplomatique extraordinaire à la veille des élections de mi-mandat. Le deuxième, intermédiaire et, selon cet analyste, le plus probable, prévoit des prolongations techniques successives du cessez-le-feu tandis que le régime oligarchique-djihadiste iranien gagne du temps et se réorganise — « Operation Trust Me Bro failed », ironisait le porte-parole Ghalibaf en anglais — dans le but de préserver au maximum son programme d'enrichissement. Â
Le troisième scénario, catastrophique, repose sur un effondrement de la médiation qui relancerait l'opération « Epic Fury » « à un niveau bien plus élevé », selon les propres termes de Trump. Il convient de rappeler, avec la prudence qu'impose notre métier, que nous avons déjà vu d'autres trêves s'effondrer dans la même région — notamment le cessez-le-feu de Pâques il y a un mois — et que les régimes terroristes ne signent pas d'accords : ils en profitent.Â

Le secrétaire Rubio s'entretient pendant plus de deux heures avec le pape Léon XIV dans le but d'apaiser les tensions historiques entre la Maison Blanche et le Saint-Siège
FaitsÂ
La réunion, qui s'est tenue jeudi au Palais apostolique — à la veille du premier anniversaire du pontificat de Léon XIV —, a duré plus de quarante-cinq minutes en tête-à -tête, suivies d'une rencontre avec le cardinal secrétaire d'État Pietro Parolin et l'archevêque Paul R. Gallagher. Selon les communiqués officiels du Vatican et du Département d'État américain, les discussions ont porté sur la guerre contre l'Iran, le conflit au Liban, les crises africaines et la situation à Cuba. Le Saint-Siège a qualifié la rencontre de « cordiale » et a souligné « la nécessité d'Å“uvrer sans relâche pour la paix ». Le souverain pontife, qui avait déclaré mardi que l'Église catholique « s'élève depuis des années contre toutes les armes nucléaires », a remis à Rubio un stylo en bois d'olivier — « plante de la paix », a-t-il dit — ; le secrétaire, fils d'immigrants cubains et catholique pratiquant, a offert au souverain pontife un ballon de football américain en cristal portant le sceau du Département d'État. Cette rencontre intervient après des semaines d'attaques personnelles très virulentes du président Trump contre le premier pape né aux États-Unis, qu'il a accusé de « mettre en danger de nombreux catholiques » en raison de ses positions sur l'Iran et de son rejet de l'utilisation des armes nucléaires, ainsi qu'après la défense publique du souverain pontife par la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qualifiée d'« inacceptable » par Trump.Â
ImplicationsÂ
La fracture entre la Maison Blanche et le Saint-Siège n'est pas un épisode anodin ; elle constitue, en termes diplomatiques, une anomalie sans précédent depuis la fin de la Guerre froide. Que le premier pape américain de l'histoire soit devenu l'un des critiques les plus visibles de la politique étrangère trumpiste — et que le président, en réponse, l'attaque personnellement — reflète une tension profonde entre deux visions du monde : la morale universaliste de l'Église, qui défend les migrants, les réfugiés et les peuples soumis aux souffrances de la guerre, face à un réalisme trumpiste qui privilégie la sécurité nationale et l'équilibre géopolitique, sans les nuances humanistes qui étaient également une caractéristique distinctive de Ronald Reagan. La défense que la Première ministre Meloni — dirigeante de Frères d'Italie, formation de centre-droit jusqu'à récemment alliée naturelle de Trump — a faite du pontife illustre que la bataille culturelle et morale entre les deux pôles ne respecte pas les clivages partisans traditionnels. Il convient de rappeler que le pontife a dénoncé comme « véritablement inacceptable » la menace présidentielle d'« éradiquer la civilisation iranienne », une expression qu'aucun diplomate doté de bon sens n'aurait souscrite.Â
Perspectives et scénariosÂ
La capacité de Marco Rubio à « ramener la confrontation à un registre institutionnel plus serein » — selon la formulation, là encore, du jésuite Spadaro — constitue l'un des défis les plus délicats de son mandat de secrétaire d'État. Le sondage interne qui montre l'érosion du soutien catholique au président, conjugué à l'énorme popularité personnelle du pape Léon XIV, devrait tempérer l'ardeur présidentielle ; les expériences récentes nous invitent toutefois à la prudence. Le nÅ“ud gordien réside dans la question iranienne : si le mémorandum en quatorze points est finalement signé, le Saint-Siège pourra se présenter — à juste titre — comme l'une des voix ayant contribué à éviter le pire scénario ; si la guerre reprend, les divergences entre Washington et Rome s'accentueront. En tant qu'atlantistes convaincus et catholiques par la famille et la tradition, nous défendons le dialogue et la diplomatie sans tapage ; il faut espérer que la prudence institutionnelle l'emportera sur l'exubérance présidentielle, et que les deux figures américaines les plus influentes au monde — le président et le pontife — trouveront un terrain d'entente minimal. La paix est, elle aussi, une vertu politique.Â

FaitsÂ
Le géant allemand Rheinmetall a publié hier son rapport du premier trimestre 2026 avec des chiffres qui dépassent largement les attentes les plus exigeantes des analystes. Le chiffre d’affaires consolidé a augmenté de 8 % en glissement annuel pour atteindre 1,938 milliard d’euros, le résultat opérationnel a progressé de 17 % pour s’établir à 224 millions d’euros, et la marge opérationnelle est passée de 10,6 % à 11,6 %. Le carnet de commandes atteint le chiffre record de 63,8 milliards d’euros, soit 36 % de plus que l’année précédente. La société, dirigée par le PDG Armin Papperger, maintient ses prévisions d'une augmentation du chiffre d'affaires de 40 à 45 % pour l'ensemble de l'exercice 2026 — pour atteindre 14,5 milliards d'euros —, et souligne qu'elle se trouve « en position privilégiée pour aider les États-Unis à reconstituer leurs stocks de missiles » après l'épuisement subi lors de l'opération Epic Fury. Le réarmement allemand, en termes de programme national, prévoit un effort budgétaire qui passera de 86 milliards d'euros en 2025 à 152 milliards d'ici 2029, avec l'objectif d'atteindre 3,5 % du PIB consacré à la défense avant la fin de la décennie. Rheinmetall vient de finaliser l'acquisition de Naval Vessels Lürssen (NVL) et est devenu un fournisseur complet — terrestre, naval, aérien, cyber et spatial — pour la Bundeswehr. Le commentaire Breakingviews de Reuters affirme sans hésitation que « les fabricants d'armement voient que les dépenses allemandes sont bien réelles ».Â
ImplicationsÂ
Nous assistons au passage de la rhétorique du réarmement à la réalité budgétaire ; du vÅ“u pieux au carnet de commandes tangible et signé. Le fait que Rheinmetall ait multiplié par plus de cinq sa valeur boursière en trois ans, que son carnet de commandes en attente représente plus de six ans de ventes et qu'elle prévoie de quadrupler son chiffre d'affaires pour atteindre 50 milliards d'euros par an en 2030, illustre le changement structurel que l'Europe atlantiste repousse depuis des décennies. L’Allemagne de Friedrich Merz — malgré les frictions politiques avec l’administration Trump et le récent retrait de cinq mille soldats américains — est en train de devenir, sur le plan industriel, le moteur du réarmement européen. Cela confirme la thèse que je défends depuis des années dans mes chroniques : la seule défense européenne sérieuse est celle qui combine investissement soutenu, intégration industrielle et autonomie stratégique progressive, sans renoncer au lien transatlantique. L'industrie de défense allemande — Rheinmetall, Diehl, Hensoldt, Krauss-Maffei Wegmann — montre enfin la voie que le reste du continent doit suivre. L’Italie, avec Leonardo, et le Royaume-Uni, avec BAE Systems, complètent ce triangle industriel de base ; la France, avec Dassault et MBDA, l’élargit. Et l’Espagne ? L’Espagne, une fois de plus, brille par l’absence d’un plan industriel cohérent.Â
Perspectives et scénariosÂ
La question cruciale pour les mois à venir est de savoir si les chiffres en forte progression de Rheinmetall se reproduiront sur le reste du continent avec la rapidité qu’exige l’urgence. Les données du Stoxx 600 Aerospace and Defense, qui a quintuplé sa valeur depuis février 2022, révèlent des attentes du marché en phase avec une nouvelle ère industrielle. La phrase du PDG Papperger — « L’Allemagne ne doit pas développer un complexe d’infériorité face aux États-Unis si elle veut devenir un partenaire fiable pour Washington » — reflète exactement l’esprit que je réclame pour l’ensemble de l’Europe. Le sommet de l'OTAN du mois de juin prochain sera déterminant ; l'objectif de 5 % du PIB consacré à la défense, convenu l'été dernier, qui représente aujourd'hui un horizon lointain pour la majeure partie du continent, doit devenir une feuille de route opérationnelle assortie de délais, de responsabilités industrielles et de mécanismes de coordination. L'industrie européenne de la défense démontre qu'elle en est capable. La politique européenne, malheureusement, tarde encore trop. Et l'Espagne, il convient de le souligner, a une décision historique à prendre : soit elle rejoint le peloton de tête du réarmement atlantiste, soit elle sera condamnée à l'insignifiance stratégique que son gouvernement semble, paradoxalement, considérer comme une vertu.Â

Les cessez-le-feu de la Journée de la Victoire s'effondrent alors qu'un plan secret du GRU russe visant à fournir des drones à fibre optique au régime de Téhéran est révélé
FaitsÂ
Les cessez-le-feu croisés décrétés unilatéralement par Vladimir Poutine — pour les 8 et 9 mai, à l'occasion du 81e anniversaire du Jour de la Victoire — et par Volodymyr Zelensky — du 5 au 6 mai — ont échoué pratiquement avant même d'entrer en vigueur, avec une intensification des bombardements de part et d’autre et la menace explicite de la Russie d’une « attaque massive de missiles sur le centre de Kiev » si l’Ukraine perturbe le défilé de la Place Rouge. Le ministère russe de la Défense a lui-même diffusé un ordre d’évacuation adressé aux représentations diplomatiques dans la capitale ukrainienne. Pour la première fois en près de deux décennies, le défilé militaire moscovite se déroulera sans chars, sans missiles ni véhicules blindés. Une attaque russe à l'aide de missiles balistiques sur Merefa, dans la région de Kharkiv, a fait sept morts parmi les civils et des dizaines de blessés, dont un enfant de deux ans. Parallèlement, The Economist a publié en exclusivité la documentation d'un plan tripartite secret du GRU — le service de renseignement militaire russe — visant à fournir à l'Iran deux modèles de drones, dont les drones à fibre optique qui ont transformé la guerre en Ukraine grâce à leur immunité face aux contre-mesures électroniques, ainsi que les programmes de formation correspondants destinés à leur utilisation contre les troupes américaines. Ce plan s'inscrit dans une tendance documentée par l'AP, le Washington Post et le Wall Street Journal, selon laquelle Moscou aurait déjà envoyé à Téhéran des versions modernisées des Shahed équipées de moteurs à réaction, de dispositifs anti-interférences, de plateformes d'intelligence artificielle et de kits compatibles avec Starlink.Â
ImplicationsÂ
La révélation du plan du GRU constitue l'une des premières preuves tangibles de l'axe sino-russo-iranien dans sa dimension cinétique et opérationnelle, et non plus simplement diplomatique. La prolifération des drones à fibre optique — dont la vertu tactique réside précisément dans leur immunité face à la guerre électronique défensive, ce qui en fait des armes presque impossibles à neutraliser — représente un transfert technologique d'une gravité stratégique extraordinaire. Il convient de rappeler que les milices terroristes pro-iraniennes en Irak ont déjà utilisé des drones à fibre optique pour atteindre un hélicoptère Black Hawk américain et un radar de défense antiaérienne près de Bagdad. Si la dictature oligarchique-djihadiste iranienne reçoit effectivement cette technologie, les défenses occidentales dans le golfe Persique — qui consomment déjà des intercepteurs Patriot au coût de quatre millions de dollars chacun face à des drones iraniens Shahed de trente mille dollars — seront confrontées à une asymétrie économique et opérationnelle dévastatrice. L’idée, embrassée par certains commentateurs trumpistes, selon laquelle la Russie pourrait jouer un rôle de médiateur ou un rôle constructif dans la région s’effondre face à l’évidence que Moscou fournit, sans le cacher, des armes offensives destinées à tuer des soldats américains. Rappelons que le blocus du détroit d'Ormuz a fait grimper le Brent bien au-delà de 90 dollars le baril, générant pour la Russie un bénéfice extraordinaire estimé à 40 milliards de dollars par an : non seulement le Kremlin n'a aucune raison de jouer un rôle de médiateur, mais il a toutes les raisons du monde de prolonger l'instabilité.Â
Perspectives et scénariosÂ
Le défilé sans chars sur la Place Rouge, annoncé pour demain 9 mai, est le symbole parfait de la réalité géopolitique que nous vivons : une Russie affaiblie sur le plan conventionnel mais extrêmement dangereuse dans le domaine des guerres de température variable, capable de fournir une technologie meurtrière à un État terroriste tout en exhibant simultanément la version cosmétique de sa propre fierté militaire. La viabilité financière de l'effort de guerre russe, jusqu'à présent artificiellement prolongée par la manne énergétique issue de la guerre contre l'Iran, dépendra de manière cruciale de ce qui se passera dans les prochaines semaines sur le front perse. Comme je le décris depuis des mois, la guerre en Ukraine et la guerre en Iran sont les deux faces d'un même conflit systémique que les « cessez-le-feu » successifs ne peuvent dissimuler. L'administration Trump a dans ce dossier — celui de l'axe sino -russo-iranien et le transfert d'armement offensif — l'un de ses tests décisifs. La politique étrangère pragmatique et réaliste du président, défendable lorsqu'elle est menée avec prudence, ne peut ignorer que son interlocuteur à Moscou est, au moment même où ils discutent, en train d'armer l'adversaire commun. Nous défendons sans nuance la cause ukrainienne et rejetons toute solution qui récompenserait l'agression territoriale.Â

Trump confirme le retrait de cinq mille soldats d'Allemagne et met en garde contre des réductions « bien plus importantes » en Europe, avec l'Espagne, l'Italie et d'autres alliés dans le collimateur
FaitsÂ
Le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, a annoncé vendredi dernier le retrait d'environ 5 000 soldats américains stationnés en Allemagne, une décision prise par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth après un « examen approfondi » du dispositif des forces sur le théâtre européen. Le lendemain, le président Trump lui-même a déclaré depuis la Floride que la réduction irait « bien au-delà » de ce chiffre. Cette mesure — qui laissera un peu plus de trente mille militaires américains sur le sol allemand — intervient après plusieurs semaines de tensions avec le chancelier Friedrich Merz, qui avait déclaré que les États-Unis se sentaient « humiliés » par la prolongation du conflit iranien. Des documents internes du Pentagone divulgués au Time et au Financial Times révèlent que l'administration américaine étudie même la possibilité de suspendre l'Espagne de l'OTAN — une mesure sans précédent — en représailles au refus de Pedro Sánchez d'autoriser l'utilisation des bases de Rota et de Morón pour l'opération Epic Fury. Des sénateurs républicains tels que Roger Wicker (Mississippi) et le membre du Congrès Mike Rogers (Alabama), respectivement présidents des commissions des forces armées des deux chambres, ont fait part de leur « profonde inquiétude » face à cette décision.Â
ImplicationsÂ
Le retrait annoncé constitue avant tout un message politique : Washington estime que l'Europe doit enfin assumer la charge principale de sa propre défense conventionnelle, tandis que les États-Unis se réorientent vers l'Indo-Pacifique. La philosophie Colby — en référence au sous-secrétaire Elbridge Colby, principal architecte de cette politique — s'y retrouve ici à l'état pur. Au-delà du symbolisme, ce qui est véritablement préoccupant, ce sont les facteurs sous-jacents déjà analysés par le Council on Foreign Relations : l'épuisement des stocks de munitions de précision — en particulier les intercepteurs Patriot et les HIMARS — consommés massivement pendant l'opération Epic Fury, ce qui retardera les livraisons à l'Ukraine, au Royaume-Uni, à la Pologne et à la Lituanie. C'est là un point critique : la dissuasion conventionnelle alliée repose sur des marges industrielles que la guerre contre l'Iran a mises à nu, et ce sont précisément ces marges que les chiffres records de Rheinmetall commencent à combler, bien qu'avec un retard structurel. L’Espagne, quant à elle, vit dans une contradiction flagrante : alors que le gouvernement ferme l’espace aérien aux États-Unis et interdit l’utilisation opérationnelle des bases — en invoquant l’article 63 de la Constitution et les accords bilatéraux de 1953 —, la réalité opérationnelle de Rota et Morón reste centrale pour les alliés. Cette incohérence entre le discours public et la réalité militaire est, il convient de le dire clairement, la caractéristique déterminante de la position du gouvernement espagnol actuel : une neutralité qui frôle l'irresponsabilité et qui place Madrid, paradoxalement, dans une position plus hostile envers Washington qu'envers Téhéran.Â
Perspectives et scénariosÂ
L’Europe qui se regarde aujourd’hui dans le miroir est celle à laquelle je consacre, dans ces pages et dans mes analyses pour La Razón et El Debate, une critique sans relâche : une Europe qui investit tard, qui investit mal et qui investit de manière fragmentée. La promesse allemande d'atteindre 3,5 % du PIB en matière de défense d'ici 2029 est la bienvenue — et, comme le confirme aujourd'hui Rheinmetall, elle se concrétise avec des données vérifiables —, tout comme l'est le plan de dépenses européen global qui doit doubler pour atteindre 750 milliards de dollars par an d'ici 2030 ; mais la réalité industrielle met en évidence les failles du projet : douze modèles différents de char de combat principal en Europe contre un seul aux États-Unis, quatre-vingts pour cent des achats européens historiquement destinés à l'extérieur du continent, et une incapacité quasi chronique à mettre en place des processus d'acquisition conjoints. En tant qu'atlantistes convaincus, nous ne pouvons que regretter que le Vieux Continent ait délégué pendant tant de décennies sa sécurité à son allié américain sans développer l'autonomie stratégique indispensable pour être un partenaire crédible. Le sommet de l'OTAN de juin sera déterminant. L'Espagne, pour sa part, devra décider si elle veut faire partie du problème ou de la solution ; il n'y a pas de demi-mesures, à l'heure actuelle.Â

Le cessez-le-feu entre Israël et le Liban s’effondre dans le sud avec l’escalade la plus intense depuis sa signature
FaitsÂ
Les violations du cessez-le-feu conclu le 16 avril entre Israël et le Liban — prolongé le 23 avril pour trois semaines supplémentaires après l’annonce du président Trump lui-même — se sont intensifiées de manière alarmante cette semaine. La Force des Nations unies au Liban (FINUL) a qualifié les attaques de la semaine dernière de « les plus intenses depuis le début de la trêve ». Les bombardements israéliens sur Majdelzoun, dans le sud du pays, ont fait plusieurs morts et provoqué des déplacements massifs, tandis que le Hezbollah — malgré l'interdiction formelle du gouvernement libanais du 2 mars — continue de refuser de déposer les armes et d'accepter une médiation directe avec Israël. Le gouvernement libanais, dirigé par une administration affaiblie, exige le retrait israélien du sud du territoire ; Tel-Aviv subordonne la consolidation de la trêve à la neutralisation effective des armes de l’organisation terroriste chiite. Plus de 2 000 personnes auraient trouvé la mort au Liban et plus d’un million étaient déplacées à la mi-avril.
ImplicationsÂ
La fragilité du cessez-le-feu libanais était prévisible et, d'une certaine manière, avait été prédite dans ces rapports dès le premier jour. Le Hezbollah n'est ni une milice, ni un mouvement politique doté d'une branche armée : c'est — et il convient de le répéter autant de fois qu'il le faudra — une organisation terroriste, instrument organique du régime oligarchique-djihadiste iranien, financée, armée et dirigée par la Force Qods du CGRI. Aucun accord ne sera viable tant que le Hezbollah conservera son arsenal résiduel au sud du Litani ; aucune souveraineté libanaise ne sera réelle tant que cet « État dans l'État » maintiendra sa structure de commandement parallèle. Il s'agit, par ailleurs, d'une affaire profondément personnelle pour celui qui écrit ces lignes : le Liban de mes souvenirs familiaux, le Liban que mon père a connu lors de sa médiation pendant la crise du vol TWA 847 et lors de ses négociations pour la libération du chancelier Assad Abdo et de l'agent du GEO Pedro Antonio Sánchez Anula, ne mérite pas de rester l'otage perpétuel d'une organisation terroriste qui se proclame défenseur du pays mais qui est, en réalité, sa principale source de malheur.Â
Perspectives et scénariosÂ
La stabilité du cessez-le-feu dépend, paradoxalement, moins de Beyrouth ou de Tel-Aviv que de l'issue des négociations entre Washington et Téhéran, menées sous la médiation du Pakistan. Si l'oligarchie dictatoriale et mafieuse iranienne signe le mémorandum en quatorze points — incluant, comme l'exigeent les États-Unis, des restrictions effectives à son soutien aux organisations terroristes régionales —, le Hezbollah se trouvera privé de l'épine dorsale logistique qui le soutient depuis 1982. Si, au contraire, la médiation échoue, l'organisation terroriste cherchera à relancer la confrontation avec Israël pour conserver son importance sur le plan interne, et le sud du Liban deviendra, une fois de plus, le théâtre d'une tragédie. L'administration Trump, qui a déjà désigné le Hezbollah comme une organisation terroriste à tous égards, voit dans ce dossier l'un de ses tests décisifs ; il convient de rappeler que le paradoxe de la décapitation ne s'applique pas seulement à Téhéran, mais à l'ensemble de son architecture de proxy : couper la tête ne suffit pas si le corps reste armé.

Trump et Lula da Silva tiennent une réunion cordiale à la Maison Blanche et ouvrent la voie à une renégociation des droits de douane après des mois de diplomatie glaciale
FaitsÂ
Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a eu jeudi une rencontre de trois heures avec Donald Trump à la Maison Blanche, comprenant des entretiens bilatéraux et un déjeuner de travail. La rencontre — initialement prévue avec une conférence de presse conjointe qui a finalement été annulée sans explications publiques — s'est conclue par des déclarations cordiales des deux protagonistes. Trump a écrit sur Truth Social que la rencontre « s'était très bien passée » et a décrit Lula comme « un président très dynamique » ; Lula, depuis l'ambassade du Brésil, a déclaré être ressorti « très, très satisfait » des discussions. L'ordre du jour a porté sur le commerce bilatéral, les droits de douane, la coopération dans la lutte contre le crime organisé et l'accès aux minerais critiques. Il convient de rappeler le contexte : l'année dernière, Trump a imposé des droits de douane de 50 % — parmi les plus élevés sur les produits importés — aux exportations brésiliennes, liant explicitement cette mesure à la procédure judiciaire engagée contre l'ancien président Jair Bolsonaro, son allié politique, condamné par la suite à 27 ans de prison pour tentative de renversement de l'ordre constitutionnel. Trump a ensuite levé la plupart de ces droits de douane — notamment sur le bÅ“uf et le café brésiliens — afin de contenir l'inflation des produits de grande consommation aux États-Unis.Â
ImplicationsÂ
Cette rencontre réunit deux figures populistes aux idéologies opposées qui ont bâti leur carrière politique respective en s'opposant, chacune à sa manière, aux élites établies. Le fait que le dialogue se soit déroulé dans un climat amical malgré de profondes divergences sur la politique économique, les alliances internationales — Lula est l'un des dirigeants les plus actifs du bloc BRICS+, hostile à l'hégémonie du dollar — et les droits de l'homme, démontre que le réalisme trumpiste, lorsqu'il opère sous les conseils avisés de Marco Rubio, préfère les accords pragmatiques aux croisades idéologiques. Cependant, nous ne pouvons oublier que le Parti des travailleurs brésilien et Lula lui-même ont entretenu des liens étroits avec le régime narco-dictatorial chaviste, avec La Havane et avec Téhéran, et que les relations de Brasilia avec l'administration américaine ne pourront pas se normaliser pleinement tant que le Brésil persistera dans cet alignement. La discussion sur les minerais critiques — la guerre commerciale sur les terres rares est, rappelons-le, l'un des fronts stratégiques les plus importants face à l'expansionnisme chinois — s'avère particulièrement intéressante ; cependant, des sources brésiliennes proches du président ont reconnu à Reuters qu'un accord formel sur ce sujet n'était « pas prévu » à court terme, étant donné qu'il n'a même pas été possible de parvenir à un consensus sur un protocole d'accord de base.Â
Perspectives et scénariosÂ
Le Brésil se prépare à des élections présidentielles en octobre de cette année, lors desquelles Lula — âgé de 80 ans — briguera un quatrième mandat non consécutif face au sénateur Flávio Bolsonaro, fils de l'ancien président et, selon les sondages, pratiquement à égalité avec l'actuel chef de l'État. La diplomatie de Lula avec Washington sera conditionnée par ce calendrier : il doit faire preuve de capacité de dialogue international sans rouvrir les blessures avec Bolsonaro et sa base électorale. L’administration Trump, quant à elle, joue également sur le double front du calcul électoral — élections de mi-mandat en novembre — et de la stratégie hémisphérique qui combine la fermeté face à l’État narco-chaviste d’une corruption cosmique des sinistres frères RodrÃguez avec la recherche pragmatique d’équilibres avec Brasilia, le Mexique et d'autres acteurs régionaux. Nous soutenons sans réserve les attaques contre les navires de trafiquants dans les Caraïbes et la pression continue exercée sur les régimes dictatoriaux de l'hémisphère ; nous défendons le libre-échange international — dans la lignée de la pensée de l'incomparable président Reagan, le meilleur président américain de la seconde moitié du XXe siècle et peut-être même de tout le XXe siècle — et, par conséquent, nous regrettons les restrictions tarifaires de la première période Trump. Si cette deuxième phase permet de moduler les tarifs douaniers par le biais de négociations bilatérales, tant mieux. La diplomatie, lorsqu'elle est exercée avec réalisme et prudence, reste le meilleur instrument de la politique étrangère.Â

Rack de médias
Synthèse des lignes éditoriales et des approches dominantes dans la presse internationale analysée au cours des dernières vingt-quatre heures, organisée par zones géographiques et par affinité analytique.Â
Références anglo-saxonnesÂ
Le New York Times et le Washington Post couvrent en détail la rencontre entre Rubio et Léon XIV, soulignent la particularité historique du premier pontife américain et décrivent cette tension comme l'une des anomalies diplomatiques les plus frappantes depuis la Guerre froide ; le Post évoque « l'émergence du pape en tant que critique mondial de la guerre contre l'Iran » . Le Wall Street Journal et le Financial Times privilégient l'angle économique de l'accord Rubio-Lula et les données de Rheinmetall ; le FT ajoute des informations détaillées sur les retards dans les livraisons américaines au Royaume-Uni, en Pologne et en Lituanie. Reuters publie les Breakingviews selon lesquels « les fabricants d'armement constatent que les dépenses allemandes sont réelles » et maintient une couverture centrale des échanges de tirs dans le détroit d'Ormuz. The Economist signe l'exclusivité mondiale sur le plan tripartite du GRU visant à fournir des drones à fibre optique à l'Iran et maintient son analyse prudente sur l'effondrement des trêves du Jour de la Victoire. The Times et The Telegraph soulignent la solidarité britannique avec l'opération alliée dans le Golfe. The Guardian insiste sur les victimes civiles et les doutes juridiques liés au blocus. La BBC assure une couverture complète et équilibrée des sept fronts principaux.Â
Chaînes et médias numériques américainsÂ
CNN, CBS et CNBC — cette dernière axée sur l’économie — couvrent largement la rencontre Trump-Lula, le bilan de Rheinmetall et les nouveaux échanges de tirs à Ormuz. Fox News présente les attaques américaines sur Qeshm comme une démonstration de la pression efficace de Trump et souligne l’avertissement présidentiel de « beaucoup de souffrances » si l’accord n’est pas signé. Politico et Axios divulguent des détails du mémorandum en quatorze points et rapportent les dilemmes internes de l'administration. The Hill et USA Today se concentrent sur l'impact électoral de la confrontation entre Trump et Léon XIV et sur la division républicaine concernant le retrait de l'Allemagne. Newsweek, Time et The Daily Beast soulignent les tensions avec le Saint-Siège comme l'un des coûts politiques du style présidentiel. Bloomberg met l’accent sur la manne énergétique russe et sur les implications de Rheinmetall pour les marchés européens. The National Interest et The Washington Times privilégient une lecture réaliste et pragmatique.Â
Presse européenne continentaleÂ
Le Monde, Le Figaro, La Croix, Le Point, Le Nouvel Observateur et L’Express s’accordent à mettre en avant la rencontre Rubio-Léon XIV ; La Croix, dans sa ligne catholique, offre la couverture la plus détaillée et la plus réfléchie. Libération, dans sa ligne progressiste, remet en question la légitimité de l'opération Epic Fury. LCI, BFM TV et France Info couvrent largement le retrait russe du défilé de la Place Rouge et la confirmation du réarmement allemand. La Frankfurter Allgemeine Zeitung, Die Welt et Die Zeit saluent avec sobriété les chiffres de Rheinmetall et reflètent le malaise institutionnel allemand face au retrait des troupes. Le Corriere della Sera rapporte la défense que la Première ministre Meloni a faite du pontife et les tensions qui en découlent entre Trump et Meloni. L’Osservatore Romano publie la couverture institutionnelle du Vatican sur la rencontre entre Rubio et Léon XIV. La Tribune de Genève souligne le rôle de médiateur potentiel de la Suisse. Helsingin Sanomat met l’accent sur les conséquences pour le flanc nord de l’OTAN. Gazeta Wyborcza exprime l’inquiétude polonaise face aux retards dans les livraisons de Patriots et au transfert de drones à fibre optique du GRU vers Téhéran.Â
Monde arabe et IsraëlÂ
Asharq Al-Awsat, Arab News, Al-Riyadh et Saudi Gazette adoptent une position prudente face aux négociations, avec une attente croissante d'un éventuel accord. Gulf News (EAU), Khaleej Times, Al-Ittihad et Gulf Today dénoncent vigoureusement les attaques iraniennes contre les Émirats arabes unis. Peninsula Qatar et Gulf News Qatar soulignent le rôle de médiateur du Qatar. Le Times of Oman revendique le rôle antérieur de Mascate. Yedioth Ahronoth, Israel Hayom et le Jerusalem Post expriment leur malaise face à la perspective d'un accord qui pourrait laisser une partie du programme nucléaire iranien intact. Maariv et Haaretz nuancent leurs positions depuis des camps opposés. Al-Jazeera et Al-Arabiya maintiennent leurs lignes respectives. Al-Hayat, Al-Quds Al-Arabi, Al-Hayat Al-Jadida, Al-Ayyam et Felestin abordent le dossier palestinien. An-Nahar, L’Orient-Le Jour et le Daily Star font état avec inquiétude de la détérioration du cessez-le-feu dans le sud du Liban. Le Jordan Times et Al-Rai soulignent la position jordanienne. Hürriyet insiste sur le malaise turc face à la marginalisation d’Ankara dans la médiation.Â
Presse russe, ukrainienne et polonaiseÂ
Russia Today, TASS et Vesti passent systématiquement sous silence l’exclusivité de The Economist sur le plan du GRU et présentent le défilé réduit comme un geste magnanime. Ukrainian Pravda, UKRINFORM, Fakty i Kommentarii, Kyiv Post et The Kyiv Independent amplifient la révélation du plan russe de transfert de technologie vers Téhéran comme preuve de l'axe sino-russo-iranien et démantèlent le discours moscovite sur le cessez-le-feu.Â
Asie et sous-continent indienÂ
Le South China Morning Post et le China Daily privilégient l’analyse du sommet Trump-Xi des 14 et 15 mai et la visite du ministre iranien des Affaires étrangères Araghchi à Pékin. WION, le Times of India, l’Hindustan Times et l’Indian Express couvrent le premier anniversaire de l’opération Sindoor. Le Daily Jang et le Pakistan Times mettent en avant la figure du maréchal Asim Munir et le rôle de médiateur du Pakistan. Le Yomiuri Shimbun, le Tokyo Times et le Straits Times suivent les implications pour la région indo-pacifique.Â
Amérique latine et think tanksÂ
ClarÃn (Buenos Aires), El Mercurio (Chili) et Reforma (Mexique) couvrent largement la rencontre Trump-Lula en mettant l’accent sur son impact régional ; Reforma ajoute les tensions bilatérales liées à la demande d’extradition américaine de dix politiciens mexicains liés au Cartel de Sinaloa. The Mail et The Globe couvrent la réaction canadienne face au retrait des troupes en Europe. Les publications de Foreign Affairs, les bulletins du Royal United Services Institute (RUSI), les analyses de l'International Institute for Strategic Studies (IISS), du Center for Strategic and International Studies (CSIS), de l'Institut français des relations internationales (IFRI) et de l'Economist Intelligence Unit convergent vers une évaluation prudente de la viabilité du processus de négociation avec l'Iran et mettent en garde contre l'épuisement des stocks militaires occidentaux comme variable structurelle.Â
Éditorial
Il y a des jours où la politique internationale ressemble à ce personnage classique du roman russe qui prend des décisions graves entre deux verres de cognac, sans se rendre compte que de chacun d'eux dépendent des vies, des fortunes et, surtout, la crédibilité des nations. La journée que nous analysons aujourd'hui appartient sans aucun doute à cette catégorie. Que le président de la première puissance mondiale déclare qu'un cessez-le-feu est toujours en vigueur tout en bombardant simultanément des ports ennemis ; qu’un accord susceptible de redessiner l’équilibre au Moyen-Orient ne tienne qu’à un document de quatorze points rédigé à Islamabad ; que le Kremlin renonce pour la première fois en près de deux décennies à afficher sa fierté militaire sur la Place Rouge par crainte de drones fabriqués à partir de pièces commerciales, tout en fournissant simultanément des drones à fibre optique au régime oligarchique-djihadiste iranien pour tuer des soldats américains ; que le secrétaire d'État rencontre le pape pour « apaiser la rhétorique » présidentielle ; qu'un industriel allemand confirme par des chiffres ce que la classe politique européenne n'arrivait pas à croire ; et que, au milieu de tout cela, deux populistes d'idéologies opposées partagent trois heures de conversation cordiale à la Maison Blanche, cela dresse un portrait implacable de l'époque dans laquelle nous vivons.Â
Je décris, dans ces pages et dans mes chroniques pour La Razón et El Debate, la nature des guerres à intensité variable et de la fracture systémique contenue comme des traits caractéristiques de notre époque. La politique étrangère de Donald Trump — pragmatique, réaliste, capable de succès diplomatiques comme ceux du Cambodge-Thaïlande, de Gaza ou de l'Arménie-Azerbaïdjan lorsqu'elle opère avec la prudence que lui apporte Marco Rubio — combine des réussites indéniables avec des écarts de conduite erratiques qui mettent à l'épreuve la cohésion du camp allié. Il serait injuste de ne pas reconnaître les premiers : la pression sur le régime iranien a produit, grâce à l'opération Epic Fury, un affaiblissement structurel qu'aucun diplomate n'avait réussi à obtenir en quarante ans ; le démantèlement du programme nucléaire, si le mémorandum en quatorze points est finalement signé, constituera un succès historique. La rencontre avec Lula, elle aussi, démontre que la diplomatie bilatérale peut faire des miracles lorsqu'elle est exercée avec réalisme. Mais il serait tout aussi injuste de passer sous silence les seconds : l’absence totale de planification pour l’après-conflit à Téhéran, l’annonce improvisée du retrait de cinq mille soldats d’Allemagne, les menaces de suspension de l’Espagne au sein de l’OTAN, les attaques personnelles contre le pape Léon XIV, et les droits de douane de 50 % imposés au Brésil il y a à peine un an constituent des coûts stratégiques qui érodent, jour après jour, la crédibilité du leadership américain.Â
La révélation du plan du GRU russe par The Economist mérite une réflexion supplémentaire, compte tenu de son importance. Les drones à fibre optique constituent une innovation technologique disruptive en raison de leur immunité face aux contre-mesures électroniques ; leur transfert à un régime terroriste d'État est un acte d'une gravité stratégique extraordinaire. Certains commentateurs, au sein même du camp trumpiste, soutiennent que la Russie pourrait jouer un rôle de médiateur entre Washington et Téhéran ; le plan tripartite du GRU démantèle cette illusion. Moscou n'est pas un médiateur : c'est un fournisseur d'armement offensif destiné à tuer des soldats américains. Et la manne énergétique issue du blocus du détroit d'Ormuz — quarante milliards supplémentaires par an pour le Trésor russe, selon les estimations les plus récentes — alimente, paradoxalement, la machine de guerre qui tue des Ukrainiens. Défendre la cause ukrainienne et rejeter l'agression territoriale russe exige aujourd'hui, en outre, de dénoncer sans ambages cette collaboration belliqueuse entre Moscou et Téhéran.Â
Permettez-moi de m’arrêter un instant sur l’Espagne, mon pays. La position du gouvernement actuel — fermeture de l’espace aérien, interdiction de l’utilisation opérationnelle de Rota et de Morón, et un discours public qui place Madrid dans une position plus hostile envers Washington qu’envers Téhéran — représente une neutralité qui frôle l’irresponsabilité. L’invocation constitutionnelle de l’article 63 et des accords bilatéraux de 1953 est, sans aucun doute, juridiquement défendable ; ce qui est intellectuellement intenable, c'est le décalage entre le discours et la réalité opérationnelle des bases, qui restent actives pour nos alliés. Les chiffres de Rheinmetall constituent un signal d'alarme supplémentaire : alors que l'Allemagne confirme par des données vérifiables qu'elle se prépare à se défendre, l'Espagne continue de manquer d'un plan industriel de défense cohérent, d'une stratégie claire d'approvisionnement en munitions de précision et d'une vision commune du rôle du pays dans l'architecture alliée. La demande de celui qui écrit ces lignes n'est ni maximaliste ni belliciste : elle est, simplement, une demande de cohérence. Prétendre être membre de l'OTAN, bénéficier du parapluie de sécurité atlantique depuis 1982, et, dans le même temps, s'ériger en censeur moral de son principal allié alors que celui-ci mène une guerre contre un État terroriste — l'Iran — qui a financé pendant quarante ans les organisations terroristes les plus sanguinaires de la planète — le Hezbollah, le Hamas, les Houthis du Yémen, les milices chiites irakiennes — est une contradiction que l'histoire ne pardonnera pas. Atlantistes de cÅ“ur et européistes convaincus que nous sommes, nous exigeons de Madrid de la cohérence, pas du maximalisme ; de la loyauté, pas de la servilité ; mais surtout, de la clarté.Â
Je termine par une réflexion sur la rencontre entre Marco Rubio et le pape Léon XIV, qui mérite une analyse sereine. L'Église, par la voix de son pontife américain, remplit le devoir moral qui lui incombe : dénoncer la souffrance des innocents, appeler à la paix, rappeler la primauté de la dignité humaine sur les calculs du pouvoir. La Maison Blanche, par la voix de son secrétaire d'État catholique pratiquant, tente de préserver le canal institutionnel qu'aucun réalisme ne peut se permettre de fermer. Le choc entre Donald Trump et Léon XIV n'est pas — que personne ne s'y trompe — un conflit entre deux hommes politiques : c'est une tension plus profonde, presque civilisationnelle, entre la logique du pouvoir et la logique de la conscience. Catholiques par filiation et par conviction, atlantistes par analyse stratégique, défenseurs d'une diplomatie institutionnelle sans tapage, nous prions pour que la prudence l'emporte. Et pour conclure, une fois de plus, l'essentiel : nous sommes contre les dictatures de toutes tendances, avec une véhémence particulière contre le régime oligarchique-djihadiste iranien, contre l'État narco-chaviste cosmiquement corrompu des sinistres frères RodrÃguez, contre Cuba, contre le Nicaragua, contre l'expansionnisme chinois. Nous défendons sans compromis la démocratie libérale représentative, l'économie de marché, les droits et libertés fondamentaux, les valeurs de la transition espagnole et la figure du roi Juan Carlos Ier en tant qu'architecte de notre démocratie. Nous combattons sans relâche le terrorisme djihadiste aux quatre coins de la planète. Demain, il y aura de nouveaux échiquiers, de nouveaux pions, de nouveaux risques. La seule chose qui reste, c'est le devoir d'analyse.





