Son rapport au sport avait toujours été “compliqué” voire “très douloureux”. “J’ai longtemps été la personne un peu nulle en sport, qui faisait de la peine parce qu’elle donnait tout sans avoir vraiment de résultat”, témoigne Léa, 32 ans, auprès du HuffPost.
Mais ça, c’était avant de rejoindre le Paname Boxing Club, association LGBT+ de boxe française, il y a près de cinq ans. “Pour la première fois, j’ai renoué de manière joyeuse avec le sport. Il y a eu un switch dans ma tête, et j’ai réussi à avoir un niveau élevé assez rapidement.”
Un cadre “safe” qui permet à des personnes LGBT+ de se réconcilier avec leur corps et avec une pratique sportive régulière, c’est un schéma qu’Hélène Germain connaît bien. Elle préside la Fédération sportive LGBT+ qui organise, ces samedi 23 et dimanche 24 mai, le Tournoi international de Paris. Pour sa 19e édition, la compétition réunira plus de 3 300 participantes et participants dans 31 disciplines.
“Il y a pas mal de collégiens, collégiennes, lycéens et lycéennes qui ont été victimes de propos ou d’actes LGBTphobes sur les terrains. Lorsqu’on est jeune LGBT+, cela se traduit parfois par un arrêt de la pratique lié à cette mauvaise expérience”, déplore-t-elle.
“Tu n’as pas besoin d’être en hypervigilance”
C’est une des raisons qui explique l’émergence d’un mouvement sportif LGBT+ il y a près de 40 ans. Avec aujourd’hui une ribambelle d’associations à travers l’Hexagone ouvertes à toutes et tous, y compris les personnes qui ne s’identifient pas comme LGBT+, à condition d’adhérer à certaines valeurs. En premier lieu, la lutte contre toute forme de discrimination. “C’est hyper important d’avoir ces clubs pour les personnes qui n’ont pas trop confiance en elles, sont parfois un peu seules, et ont envie d’être entourées pour pratiquer un sport”, abonde Dimitri Pavade.
Vice-champion paralympique de saut en longueur à Tokyo en 2021, l’athlète réunionnais a fait son coming out gay après les jeux de Paris en 2024. À l’invitation des Front runners de Paris, il a accepté de venir coacher les participantes et participants au saut en longueur ce week-end. “Cela peut être très compliqué de s’intégrer dans le sport, où il y a encore beaucoup de stéréotypes de genre”, ajoute-t-il. Au sein d’un club LGBT+, “il y a ce côté hyper sécurisant, où tu n’as pas besoin d’être en hypervigilance et où tu risques moins de te retrouver face à de la masculinité toxique”, note Léa.
“La pédagogie marche plutôt bien”
Ces structures jouent un rôle contre les LGBTphobies, souligne Clément, co-président de Must (Marseille United sport pour tous·tes), association multisports qui réunit 900 adhérents et adhérentes dans la cité phocéenne. “Lors de compétitions face à des clubs traditionnels dans le département, il nous arrive régulièrement de faire de la pédagogie. Lorsqu’on entend ‘c’est pas un shoot de pédale’, par exemple, on intervient, ça marche plutôt bien et c’est jamais générateur de conflit.”
Âgé de 35 ans, Clément a lui aussi “retrouvé du plaisir à aller à des entraînements” en rejoignant les sections volley et badminton de Must il y a quelques années, notamment parce qu’il a pu se lier avec des personnes LGBT+.
“Nous avons des expériences et des histoires communes. Il y a des notions que les personnes hétérosexuelles ne vont pas comprendre, même si on les adore!”, plaisante Hélène Germain, qui souligne que les associations sont très nombreuses à proposer des moments de convivialité à leurs membres.
Léa, qui était “en manque cruel de communauté gouine” avant d’être au Paname Boxing Club, pointe aussi l’importance de lutter contre la solitude des personnes LGBT+. “Ça tue, la solitude! Mêlée aux violences de genre et LGBTphobes, c’est vraiment un facteur aggravant en ce qui concerne la santé mentale, qui est assez mauvaise au sein de la communauté.”
“Il y a encore beaucoup de travail”
Engagées pour l’égalité, de nombreuses associations LGBT+ sont conscientes de certaines limites en termes d’inclusion, à commencer par une plus faible présence des femmes dans leurs rangs. “Ce n’est pas parce qu’on est queer qu’on est déconstruit sur les enjeux de genre!”, résume notamment Léa, qui s’implique dans les programmes d’inclusion mis en place au sein de son club.
Il y a quelques années, une enquête de Têtu sur la lesbophobie dans les clubs LGBT+ avait suscité un certain émoi dans le milieu. “Une autre question majeure concerne la transidentité”, ajoute Clément, dont le club a également mis en place des programmes d’inclusion. “Il y a encore énormément de travail à faire pour mieux accueillir les personnes trans.”



