Home News Ligue 1 Facing a New Economic Turning Point in French Football

Ligue 1 Facing a New Economic Turning Point in French Football

4
0

Hasard ou conséquence, l’ultra-domination du PSG sur le foot français coïncide avec l’effondrement des droits TV. Et si de ce contexte a priori défavorable, nos clubs en profitaient pour transformer leur “business model” ?

Un nécessaire changement de modèle Pendant près de 30 ans, le football français a construit son modèle économique autour des droits audiovisuels domestiques et d’un acteur devenu incontournable, Canal Plus. Trop longtemps, les clubs se sont contentés d’une manne suffisante pour assurer leur quotidien sans réellement chercher à diversifier leurs sources de revenus. Progressivement, la chaîne cryptée a indiqué sa volonté de “partager” le rôle de financeur principal du football. Si la co-diffusion du championnat avec Orange puis beIN SPORTS était acceptée, la première erreur stratégique reste le pari (perdu) Mediapro et la crise COVID.

Brutalement, la chute des droits domestiques a provoqué une fragilité structurelle. Tous les clubs ne bénéficiant pas d’actionnaires fortunées sont désormais contraints d’accélérer leur mutation économique. Les plus chanceux ou performants d’entre eux passent d’une “TV-dépendance” à une “UEFA-dépendance”. Ce fut le cas du Stade Brestois l’année dernière et ça le sera pour le RC Lens la saison prochaine. On assiste à un changement de paradigme qui pourrait profondément transformer la hiérarchie économique du football français.

La fin du modèle “tout télé” Ayant anticipé des revenus théoriques de 1,15 milliard d’euros pour la saison 2020-2021, les clubs français ont acheté et proposé des salaires importants. Mais avec moins de 500 millions d’euros via beIN SPORTS, Amazon ou DAZN, il y a eu urgence à trouver des solutions. Voilà qui explique la vague d’investissements, souvent venant de l’étranger, et le développement de la multipropriété.

“Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras”, ce dicton aurait dû guider les dirigeants de notre football professionnel. Au lieu de chercher à améliorer le contrat DAZN (qui garantissait 400 millions d’euros par an), ils ont décidé de tourner le dos au “Netflix du sport” pour lancer Ligue 1+. Voilà la seconde erreur stratégique car en soi, être propriétaire d’une plateforme OTT peut être une bonne idée… de complément. Mais pour que cette solution de diffusion génère un revenu net comparable aux 500 millions d’euros (DAZN + beIN SPORTS), il lui faudrait passer la barre des 3 millions d’abonnés, soit plus que les chaînes (historiques) multisports. Malgré une bonne dynamique lors de son lancement, le nombre d’abonnés à la chaîne de la LFP plafonne aujourd’hui autour de 1,2 million. Les revenus nets à partager cette saison devraient tourner autour des 200 millions d’euros.

Le constat est clair : avec 70 millions d’habitants, le marché français peut théoriquement soutenir un championnat valorisé à un milliard d’euros, mais dans un contexte de rupture avec son diffuseur historique, il en faut 2 à 3 fois moins.

L’Europe devient le nouvel oxygène financier Face à cette situation, les compétitions UEFA deviennent désormais essentielles pour l’équilibre financier des clubs qui y participent. Le parcours 2025/26 de nos 7 représentants leur a déjà permis de récupérer 310 millions d’euros. La qualification européenne n’est plus simplement un objectif sportif ou d’image : elle devient un impératif économique. Ces clubs passent donc d’une télé-dépendance à une UEFA-dépendance. Cette évolution change profondément les priorités stratégiques des clubs et explique en partie les tensions à Lyon, Marseille ou Monaco.

Le risque, en revanche, est celui d’une concentration accrue des richesses entre les clubs régulièrement qualifiés et les autres. Hormis le PSG dont les priorités dépassent le cadre national, les clubs comme l’AS Monaco, l’Olympique de Marseille, l’OGC Nice, le LOSC, l’Olympique Lyonnais ou encore le RC Strasbourg Alsace vont bénéficier des primes UEFA pour recruter en “Ligue 1” et ainsi soutenir financièrement les clubs non-européens.

Le PSG, symptôme plus que problème ? Pour beaucoup, la domination du Paris Saint-Germain cristallise régulièrement les critiques. Pourtant, la présence d’un club ultra-dominant n’a rien d’exceptionnel en Europe. En Allemagne, le FC Bayern Munich domine outrageusement la Bundesliga depuis plus d’une décennie. En Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas, 2 ou 3 mastodontes historiques dominent, sans jamais passer par la case Division 2 ou dépôt de bilan. Jusqu’ici, la France faisait figure d’exception. Que ce soit le Stade de Reims, l’AS Saint-Étienne, les Girondins de Bordeaux, l’OM ou encore l’AS Monaco, tous ces clubs ont pu enchaîner 2 décennies au haut niveau européen sans connaître une relégation ou des difficultés financières.

Le véritable sujet de notre championnat est plutôt l’irrégularité structurelle des concurrents du PSG. Bien que disposant d’un budget comparable à des clubs tel que le Borussia Dortmund (souvent dauphin du Bayern et régulièrement qualifié en Ligue des Champions), Lyon comme Marseille ont été dans l’incapacité de maintenir une compétitivité sportive.

Vers un modèle plus durable ? Cette crise pourrait néanmoins accélérer une mutation longtemps repoussée. La Ligue 1 semble progressivement se rapprocher des modèles portugais ou néerlandais : l’utilisation accrue de la formation, le trading “malin”, le recours au “data scouting” et surtout la participation des compétitions européennes même secondaires. Certes, la France a probablement 10 à 15 ans de retard sur certains voisins européens ayant déjà restructuré leur modèle après des difficultés similaires.

Le football français entre ainsi dans une zone de transition économique majeure. Les droits TV vont rester insuffisants pendant un moment. La fracture économique risque de s’accentuer entre les clubs qualifiés en UEFA et les autres. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de savoir combien vaut la Ligue 1 aujourd’hui, mais quel modèle économique elle souhaite construire pour demain.

Dans ce contexte, fallait-il créer une Ligue 3 avec 18 autres clubs professionnels ou passer la Ligue 2 à 22 ou 24 clubs, comme en Angleterre ? Pour favoriser la formation, ne faudrait-il pas permettre aux équipes réserves de monter plus haut dans les divisions, comme en Espagne ? Quant aux droits TV domestiques, faut-il la diffusion d’un match en clair par week-end ?