L’effondrement d’un texte sans âme
L’article 2 n’était pas un simple détail technique ; il constituait la « clé de voûte » du dispositif, définissant les contours du geste létal. Son rejet a provoqué un séisme parlementaire. Privée de son ossature, la commission des Affaires sociales a tiré les conséquences logiques de ce vide : elle a sabordé le reste du texte par une série d’amendements de suppression. Comme l’a souligné Philippe Mouiller (LR), poursuivre le débat sur un texte devenu inapplicable n’aurait eu aucun sens.
Certes, ce rejet est le fruit d’une alliance de circonstances. D’un côté, une droite fort diversement attachée à la protection de la vie ; de l’autre, une gauche socialiste frustrée par un texte qu’elle jugeait trop « timoré » par rapport aux velléités libertaires de l’Assemblée nationale. Mais qu’importe l’attelage, pourvu que l’abîme se dérobe : le principe du suicide assisté est, pour l’heure, stoppé au Palais du Luxembourg.
Le serment d’Hippocrate face au « poids mort »
Le débat a été marqué par l’intervention vigoureuse de Bruno Retailleau. Face à un Patrick Kanner (PS) ironisant sur le fait que « la messe est dite », le président des Républicains a rappelé une vérité qui dépasse les clivages confessionnels :
« Ce que vous proposez, c’est le renversement du serment d’Hippocrate qui remonte à vingt-quatre siècles, bien avant le christianisme. »
L’élu vendéen a mis en lumière le danger civilisationnel de cette réforme : celui d’une société où le malade, au seuil de l’éternité, finit par se demander s’il n’est pas un « fardeau » pour les siens. Transformer le médecin, ministre de la vie, en agent de la mort, est une subversion que le Sénat a refusé d’avaliser.
Les soins palliatifs : la seule urgence charitable
Au milieu de ce tumulte, et à la quasi-unanimité, les sénateurs ont adopté définitivement un texte renforçant l’accès aux soins palliatifs. C’est ici que réside la véritable réponse la souffrance : non pas supprimer le souffrant, mais soulager sa douleur et entourer sa fin de vie d’une présence humaine et soignante. « La mort peut attendre », a martelé la sénatrice Christine Bonfanti-Dossat, rappelant que l’urgence est budgétaire et humaine, et non idéologique.
La vigilance reste de mise
Le combat n’est pourtant pas achevé. Si le Sénat a sauvé l’honneur, le gouvernement a déjà fait part de sa volonté de reprendre la main. Le texte pourrait revenir dès juin prochain devant une Assemblée Nationale autrement plus acquise aux thèses de la « mort administrée ».
En coulisses, l’idée d’un référendum d’initiative partagée (RIP), portée par Francis Szpiner et Bruno Retailleau, fait son chemin, officiellement pour donner la parole aux Français, tout en sachant que les différentes enquêtes d’opinion montrent que les Français seraient favorables au principe de la mort en gants blancs : rien d’étonnant dans un pays largement sécularisé où la loi naturelle est passée depuis longtemps dans les oubliettes de l’Histoire.

