The Real Estate Agent Who Came Back from Afar

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    Je me suis toujours senti un peu à part.

    Benjamin, 48 ans, est directeur depuis six ans d’une agence immobilière située dans le cinquième arrondissement de Paris : “C’est le métier parfait pour un mec qui n’a pas de diplôme, qui est un peu à brouillard comme moi.” Benjamin a tout quitté pour venir vivre à Paris : “Je savais absolument pas ce que j’allais faire de ma peau. Je suis arrivé, j’avais la CMU, le RSA. C’est pour expliquer le décalage de ma vie d’avant et de celle de maintenant.”

    Benjamin est fils unique, il a grandi en Moselle dans un milieu modeste d’un père d’origine italienne et d’une mère d’origine polonaise : “Ce n’était pas une enfance si joyeuse. Mon père picolait et était violent verbalement, donc je me barrais souvent dehors pour ne pas voir ce qui se passait à la maison.”

    Toutes les volées que j’ai prises, ça ne m’a jamais calmé.

    Benjamin a commencé à boire vers 12 ans : “Ça n’a jamais été festif, c’était à la limite du coma éthylique.” L’alcool et les drogues ont eu pour fonction de faire taire son hypersensibilité : “C’était la solution miracle, ça anesthésie absolument tous les traumas, le mal-être, etc.”

    À seize ans, Benjamin se met à consommer de l’héroïne : “Je viens d’un coin où il y avait beaucoup de toxicomanes à l’héroïne et beaucoup de junkies. J’ai toujours baigné là-dedans.” Chaque tentative de sevrage se solde par un échec : “Pour arrêter de se défoncer, il faut avoir envie d’arrêter et je n’avais pas du tout envie.”

    “Je gagnais bien plus en une journée que mon père en un mois.”

    Après le bac, Benjamin travaille à l’usine avec son père et, en parallèle, part acheter de la drogue à Rotterdam qu’il revend : “C’est beaucoup moins cher qu’en France, je revenais avec 20 grammes que je revendais à mes copains.”

    Puis son business prend progressivement de l’ampleur : “À peine 20 ans, je me faisais 10 000 francs par jour, ce qui était énorme à l’époque. Je gagnais bien plus en une journée que mon père en un mois.”

    “Je ne pensais pas que c’était possible de faire autre chose dans ma vie.”

    À l’âge de 21 ans, Benjamin est condamné à 2 ans de détention et il ressent les effets du manque de drogue : “C’est un peu comme une grosse grippe avec de la nervosité extrême, les jambes qui tremblent, je ne tenais plus en place.” À sa sortie, Benjamin recommence les allers-retours à Rotterdam, le business reprend de plus belle.

    Après une énième condamnation, Benjamin a 33 ans : “Ce n’est plus drôle. Les jeunes qui crient toute la nuit, qui tapent à la porte, c’est insupportable.” Il arrête de vendre mais consomme toujours : “J’ai commencé à prendre de la méthadone, à picoler, à prendre des cachetons. Il y avait le RSA, un peu la fête pour investir dans l’héroïne et la cocaïne, j’ai vraiment commencé à toucher le fond.”

    “Je gagnais bien plus en une journée que mon père en un mois.”

    Après une énième condamnation, Benjamin a 33 ans : “Ce n’est plus drôle. Les jeunes qui crient toute la nuit, qui tapent à la porte, c’est insupportable.” Il arrête de vendre mais consomme toujours : “J’ai commencé à prendre de la méthadone, à picoler, à prendre des cachetons. Il y avait le RSA, un peu la fête pour investir dans l’héroïne et la cocaïne, j’ai vraiment commencé à toucher le fond.”

    “Je suis passé d’un paria assisté à un mec hyper responsable.”

    Une connaissance d’un des groupes de parole lui donne un contact dans une agence immobilière et il est embauché : “J’avais un truc spécial où j’arrivais à faire pencher la balance. Ce n’était pas juste le fait d’ouvrir une porte, il y avait un dialogue, il y avait un truc que j’arrivais à contrer les arguments.” Progressivement Benjamin trouve sa place : “J’avais un besoin d’approbation des mecs pour qui je bossais. Me dire que je n’étais pas un bon à rien et que j’étais capable de faire des trucs bien.”

    Benjamin est marié à une Américaine, il est épanoui dans sa vie personnelle et professionnelle : “J’ai eu deux vies totalement distinctes dans la même vie. Je suis passé d’un paria assisté à un mec hyper responsable dans une autre ville, où les gens qui ne me connaissent pas m’appellent Monsieur.” Il est sobre depuis maintenant treize ans et continue de fréquenter les groupes de parole : “Dans ces groupes de parole, on est plein de mecs à avoir fait de la prison, à avoir eu des vies super dures, et on est tous pareils. Il y a un truc où tu t’acceptes un peu plus, que tout seul dans ton coin.”

    Merci à Benjamin et Manu.

    • Reportage : Julie-Anna George
    • Réalisation : Emmanuel Geoffroy

    Musique de fin : “Whisky”, Düem, album “The Singles”, 2003.

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    Brian Owens
    I’m Brian Owens, a policy analyst and writer with a background in Political Science from Arizona State University. My professional career began in 2013 at The Arizona Republic, where I covered state politics and legislative developments. I later transitioned into strategic communications for public sector initiatives while continuing to publish political commentary. My goal is to provide balanced insights into policy decisions that affect everyday Americans.