La menace d’une inflation durable complique la tâche de la Fed et de son futur patron Kevin Warsh
Jamie Dimon, le patron de JP Morgan Chase, a fait part lundi de son inquiétude sur le contexte économique incertain des États-Unis. Dans sa lettre annuelle adressée aux actionnaires, le directeur général de la banque américaine a alerté sur le risque d’une envolée des prix à cause de la guerre au Moyen-Orient.
« À présent, en raison de la guerre en Iran, nous sommes en outre confrontés à la possibilité de chocs importants et persistants sur les prix du pétrole et des matières premières, ainsi qu’à une restructuration des chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui pourrait entraîner une inflation plus tenace », a-t-il déclaré.
La lettre a été envoyée juste après les dernières déclarations de Donald Trump fixant un nouvel ultimatum à l’Iran. Le président américain a promis de bombarder mardi soir les infrastructures énergétiques iraniennes et les ponts si le détroit d’Ormuz, qui voit passer 20 % du commerce de pétrole, n’était pas débloqué. « Le pays entier pourrait être détruit en une seule nuit », a-t-il menacé lundi. Des déclarations qui ont alimenté la flambée des prix du brut. Le prix du baril américain de West Texas Intermediate (WTI) dépassait les 116 dollars ce mardi à 16 heures. Aux États-Unis, l’essence a dépassé fin mars le seuil symbolique des 4 dollars le gallon (3,8 litres). Elle coûtait moins de 3 dollars le gallon fin février, avant le début des hostilités contre l’Iran.
Une arrivée difficile pour Warsh
Fin mars, l’OCDE a estimé que l’inflation atteindrait les 4,2 % cette année outre-Atlantique. Les États-Unis obtiendraient ainsi le taux le plus élevé du G7. Or une inflation plus élevée signifie également « des taux d’intérêt plus élevés que ce que les marchés anticipent actuellement », a alerté Jamie Dimon.
Une mauvaise nouvelle pour Donald Trump à l’approche des midterms en novembre, les élections de mi-mandat, qui détermineront la majorité au Congrès. Le président américain met la pression depuis des mois pour réduire les taux afin de soutenir le marché immobilier et plus largement l’économie. Il compte sur le prochain patron de la Réserve fédérale américaine, nommé par ses propres soins, pour assouplir la politique monétaire.
Mais « l’heureux » élu, Kevin Warsh, éprouvera des difficultés à satisfaire le milliardaire. La Fed a maintenu son statu quo sur les taux à sa dernière réunion fin mars. Si les banquiers centraux américains penchaient en faveur d’une seule détente cette année, d’un quart de point, c’était avant l’enlisement du conflit avec l’Iran. Les marchés se montrent, eux, davantage pessimistes. D’après le consensus FedWatch, la probabilité d’un statu quo pour le reste de l’année est de plus de 83 %, celle d’une détente des taux atteint 11 % et la possibilité d’une hausse est autour des 6 %.
D’autant que les chiffres sur l’emploi en mars, publiés vendredi dernier, ne donnent pas d’arguments pour un assouplissement monétaire. Le chômage a reflué à 4,3 %, dans la fourchette du plein-emploi. Les prochaines données, qui paraîtront notamment cette semaine, seront scrutées avec attention. Jeudi, l’indice PCE américain, qui mesure l’inflation sous-jacente, sera publié, et vendredi ce sera au tour de l’indice des prix à la consommation (IPC). « Les marchés se préparent à une accélération par rapport aux 2,4 % de février sous l’effet de la hausse des coûts énergétiques liée à la guerre en Iran », souligne dans une note la banque privée suisse Mirabaud.
Une nomination qui pourrait être retardée
Qui plus est, Kevin Warsh n’aura pas la main sur la politique monétaire, puisqu’il doit compter sur les autres gouverneurs qui disposent également d’un droit de vote. L’ancien banquier aura du pain sur la planche pour gagner la confiance des membres du Conseil et surtout les convaincre d’abaisser les taux.
Christopher Waller, considéré comme une « colombe », c’est-à-dire un gouverneur qui préfère soutenir la croissance plutôt que de lutter contre l’inflation, a voté pour le statu quo fin mars. Ce responsable de la politique monétaire a justifié sa décision par le conflit au Moyen-Orient : « Le détroit d’Ormuz est resté fermé, il semble que le conflit va se prolonger et que les prix du pétrole vont rester élevés plus longtemps. Donc cela suggère que l’inflation est davantage un motif d’inquiétude que ce que je pensais », a-t-il ainsi commenté. À la dernière réunion, seul Stephen Miran, l’ancien conseiller économique de Trump souvent accusé d’être influencé par le président américain, a voté pour un assouplissement monétaire.
Par ailleurs, si Kevin Warsh devait prendre son poste en mai, son arrivée pourrait quelque peu être retardée. Le Sénat doit encore confirmer sa nomination. Une procédure judiciaire a été intentée à l’encontre de l’actuel président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, par une procureure proche de Donald Trump. Une procédure qui a été dénoncée comme une atteinte à l’indépendance de la Fed alors que le président menace depuis des mois le patron de la Fed pour qu’il baisse les taux plus rapidement.
À eux seuls, les sénateurs démocrates n’ont pas la majorité pour bloquer ce vote. Mais le sénateur républicain Thom Tillis, de Caroline du Nord, pourrait tout changer. « Je m’opposerai à la confirmation de tout candidat à la Réserve fédérale, y compris au poste de président, jusqu’à ce que l’enquête du ministère de la Justice sur le président Powell soit résolue de manière complète et transparente », a-t-il déclaré. Jerome Powell pourrait aussi rester comme simple gouverneur jusqu’à début 2028. De quoi compliquer davantage la tâche de Kevin Warsh le jour où il passera enfin la porte de la Réserve fédérale.
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