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Alexandre Escudier: Europe should be able to free us from the democratic dysfunctions of the United States

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Face à la menace russe et au désalignement des États-Unis, de quelles armes disposent les Européens pour s’affirmer ? Pour le chercheur Alexandre Escudier, le libéralisme politique de l’Europe ne doit pas l’empêcher de se doter d’une véritable puissance externe et de reconquérir son autonomie stratégique.

Il propose de confier un budget propre au Parlement européen afin de construire des biens publics structurants en matière de défense et souligne, pour cela, l’importance de mettre en place une fiscalité européenne.

À la suite du déclenchement par les États-Unis (et Israël) de la guerre contre l’Iran, les Européens ont peiné à affirmer une voie alternative critique de l’interventionnisme militaire de Washington. Comment l’expliquer ?

Alexandre Escudier : L’Union européenne (UE) doit adopter une position critique à l’égard des États-Unis, mais il ne faut pas se laisser avaler par un affect anti-hégémonie états-unienne. La crainte que l’Iran puisse accéder à l’arme atomique est réelle, ce qui risquait de donner à Téhéran une immunité stratégique. Ce n’était pas acceptable, ni pour Israël, ni pour les États-Unis.

Ensuite, la puissance iranienne était une puissance de déséquilibre au niveau régional, grâce à ses proxys [Hezbollah au Liban, Hamas dans la bande de Gaza, etc., NDLR]. Le conflit n’est pas, à mon sens, une guerre d’hégémonie mais une intervention de rééquilibrage régional. L’UE doit-elle être en désaccord avec ces deux visées ? Je pense que non. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut être en tout point d’accord avec les États-Unis.

L’administration états-unienne aimerait aller jusqu’au changement de régime, mais se refuse à une intervention au sol, espérant que la déstabilisation de l’appareil de domination iranien produise une insurrection populaire. Mais les Américains savent que c’est incertain. On pourrait assister, à l’inverse, à un effacement relatif de l’autorité religieuse et un durcissement des Gardiens de la révolution, la composante policière et militaire du régime. Notre critique doit donc porter sur le fait que le conflit ne doit provoquer ni une guerre civile, ni un durcissement du régime.

De manière plus globale, quels sont les atouts que l’Europe pourrait mettre en avant lorsque Trump ou son vice-président J.D. Vance fustigent une Europe faible et décadente ?

A.E. : A Munich, en février 2025, J.D. Vance a fait aux Européens une leçon de démocratie, en dénaturant la définition même de la démocratie libérale moderne, qui ne peut en aucun cas se satisfaire d’une définition arithmétique où l’obtention d’une simple majorité électorale autoriserait dès lors le pouvoir en place à s’affranchir de toutes les normes constitutionnelles et du respect des droits humains. Cette définition ne tient pas. Son second argument dénonce les valeurs supposément décadentes des sociétés libérales et entend promouvoir des valeurs conservatrices pour soutenir une acception purement majoritariste de la démocratie.

« Seule la contingence historique explique que les démocraties européennes se sont placées, depuis 1945, sous le parapluie militaire américain »

Par ailleurs, le libéralisme politique moderne n’est pas nécessairement dissocié de l’exercice de la puissance externe. Seule la contingence historique explique que les démocraties européennes se sont placées, depuis 1945, sous le parapluie militaire américain. Cette sous-traitance imprudente de leur protection leur a permis, c’est vrai, de faire des compromis sociopolitiques plus progressistes. Mais face à la menace autoritaire russe et au risque de défection américaine, l’Europe doit aujourd’hui internaliser le coût économique de sa défense et reconquérir son autonomie stratégique pour pouvoir agir dans le monde sans dépendre d’un protecteur unique et idéologiquement hétérogène.

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