Profession astronaute

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    Claudie Haigneré est ancienne astronaute du CNES (agence française de l’espace) et de l’agence spatiale européenne. En 1992, elle part à la Cité des étoiles près de Moscou. “On se prépare spécifiquement à la mission qui va être la sienne.” Avec deux collègues russes, ils constituent l’équipage pour monter à bord du Soyouz, “un lanceur qui a trois étages de propulsion. Dix jours avant le décollage, lors d’un contrôle médical, le commandant de bord est déclaré inapte à partir. “La décision a été prise de changer le commandant et l’ingénieur et de me garder comme responsable du programme scientifique.

    La préparation au départ s’accompagne de certains rituels : “La veille, on regarde tous le film qu’est censé avoir regardé Youri Gagarine, avant de partir.” Le jour du départ, “on se réunit tous dans une des chambres et on s’assoit pendant une minute en respectant le silence.” L’équipage est ensuite amené devant la fusée. J’ai trouvé qu’elle n’était pas très grande pour nous emmener aussi loin dans l’espace.Une fois arrivé.es dans la capsule au sommet du vaisseau, “les parachutes sont installés, on a l’impression que c’est trop étroit, qu’on ne va jamais réussir à s’installer parce que c’est vraiment minimaliste comme positionnement.” Après quelques heures de travail avec le centre de contrôle de la mission, débute la mise à feu. “On a commandé quelques morceaux de musique qu’on aimerait écouter avant de partir. Moi, c’est .**”

    Après 8 minutes 45 secondes de vol propulsé, Claudie découvre par le hublot : “J’ai eu la chance, pour ce premier regard, de voir une aurore boréale.” Au bout de deux jours, la fusée arrive à la station spatiale. “Vous arrivez dans un vaisseau sur un port spatial pour aller vous amarrer à un des nÅ“uds d’amarrage.”

    Vue de la Station Mir depuis la navette Atlantis lors de son amarrage le 14 janvier 1997 ©Getty – HUM Images

    Dans la station spatiale Mir, “on rejoint un équipage avec trois personnes à bord. C’est un grand moment de bonheur, de salutation, de joie.” Commence alors le temps d’adaptation à l’apesanteur. “Vous pouvez agiter les mains dans tous les sens et battre des pieds, vous n’allez pas avancer. Il faut apprendre à contrôler ses mouvements.” Au sein de la station, la vie en communauté s’organise : “On est en équipage multiculturel. C’est un des bonheurs de la station en coopération.”

    Il n’y a pas de douche dans la station spatiale. “On va se laver dans une bulle d’eau, puisque ce sont les tensions de surface de votre corps qui vont faire que l’eau reste accrochée autour de vous. Il y a tout un système de recyclage de l’eau .”Le pipi du soir, c’est le café du matin.” La nourriture est lyophilisée puis réhydratée, il y a aussi une nourriture spécifiquement adaptée à la vie dans l’espace. “Elle est préparée pour qu’il n’y ait pas de sauce qui s’échappe, pour qu’il n’y ait pas de miettes. Parce que tout ça va voler.L’activité sportive deux heures par jour est obligatoire pour les astronautes pour maintenir les muscles du corps. “Quand vous n’avez pas la gravité pour réduire votre espace entre les vertèbres, on dit toujours que les cosmonautes grandissent.” Les astronautes de la station travaillent en coordination avec le centre de contrôle au sol : “Trois ou quatre heures de manip le matin. L’après-midi, ça recommence avec cinq à six heures de travail entrecoupées de ces 2 h d’exercices physiques.” À bord de la station spatiale, il y a une serre. “On apprend à faire pousser des salades, des fleurs. C’est un endroit assez privilégié parce qu’il y a des lumières particulières pour favoriser l’agriculture du futur.”

    Ce voyage dans l’espace a profondément changé le rapport de Claudie à la Terre : “C’est une prise de conscience qui vient du fond de soi-même, du fond de ses tripes et que chaque astronaute ramène au retour.” Puis vient le moment du départ : “On prend un dernier repas, on dit au revoir, on va emmener avec nous des petits mots à transmettre à ceux qui sont au sol.”Progressivement le vaisseau revient dans l’atmosphère. “On voit que les hublots deviennent rose clair, rose foncé, marron puis noir, que tout est en train de brûler à l’extérieur.” De retour sur la terre ferme, Claudie se souvient : “Ce qui m’a sauté au nez, à la tête et au cÅ“ur, c’était l’odeur de la terre. On était redevenus des terriens.”Merci à Claudie Haigneré et à tous les astronautes qui ont bien voulu répondre à nos questions.