Célèbre pour la panthère noire des films qu’il a édités et pour leur générique, René Chateau a eu mille vies : carreleur, journaliste, photographe, exploitant d’un cinéma parisien, écrivain, publicitaire, éditeur de films, distributeur, attaché de presse, associé historique de Jean-Paul Belmondo… Deux ans après son décès, une vente organisée ce jeudi par la maison Millon révèle un petit échantillon de sa passion pour le 7e art. Un millier d’objets dont 300 affiches sont dispersés par sa dernière compagne. Sur les 7 250 affiches qu’il possédait au total ! (d’autres ventes suivront)
Plongée dans une partie de cette collection que l’historien du cinéma Patrick Brion qualifie d'”unique au monde”; grâce au récit de René Chateau lui-même, issu de nos archives, et aux témoignages de l’expert de la vente et de spécialistes d’affiches de cinéma.
“J’ai été obligé de faire creuser une cave pour mettre ma collection d’affiches”
“Je n’ai jamais assez de place !” C’est dans le bureau de son hôtel particulier du XVIe arrondissement de Paris, acquis grâce aux recettes des films de Bruce Lee, que René Chateau confiait une des conséquences de sa quête : “J’ai été obligé de faire creuser une cave pour mettre ma collection d’affiches“. Longuement interrogé par Mathieu Conquet en 2013 pour ‘À voix nue’, il décrivait notamment : “Vous voyez bien autour de vous. Il y a un certain classement, et puis il y a quand même un bordel assez imposant.”
Une quête d’affiches pour éditer au mieux ses VHS et DVD
C’est justement face à Drouot qu’a lieu ce jeudi la vente d’une partie des trésors de René Chateau. Expert indépendant en photographie et objets de cinéma, Christophe Goeury y a oeuvré pendant trois mois pour la maison Millon, avec trois autres personnes. Il raconte ses visites dans l’antre de 5 étages “rempli d’objets de toutes sortes concernant le cinéma français : revues, livres, affiches”. “Il a fallu essayer de remettre tout cela en ordre”, ajoute celui qui a plusieurs fois répondu autrefois à des demandes de ce grand spécialiste du cinéma sous l’Occupation. Mais “c’était très soigneusement rangé. Il y avait des classements par thème, par matière. Les affiches étaient dans des rouleaux, des tubes. Il a donc fallu simplement reconditionner tout cela pour les ventes. C’est très drôle parce que j’ai retrouvé des catalogues de vente que j’avais réalisés dans les années 90, et des objets mis aux enchères à l’époque. Il les cherchait avec de grands collectionneurs, de grands marchands, aux puces. Il cherchait partout et on lui en apportait aussi”.
Expert indépendant spécialisé dans les objets de cinéma qui a supervisé cette vente, Christophe Goeury détaille la collection de René Chateau et comment il l’a bâtie et conservée.
“Certains diraient que c’est un accumulateur, je dirais que c’était un vrai collectionneur. Il est allé jusqu’au bout de sa collection” affirme celui qui estime la recette globale minimale de cette première vente à 200 000 euros. Avec des pépites comme une affiche originale de King Kong et celle rarissime de M le maudit. L’expert souligne que les achats de René Chateau servaient avant tout l’éditeur méticuleux de séries comme ‘La mémoire du cinéma français’ ou ‘Les films que vous ne verrez jamais à la télévision’ (Massacre à la Tronçonneuse, Zombie, Maniac, etc.) :
“Il cherchait surtout des affiches qui correspondaient à ses VHS puis à ses DVD. Il y a quelques affiches américaines, par goût on va dire, mais ses recherches de travail tournaient autour de ses 1 500 cassettes VHS, DVD, édités. L’affiche étant reproduite sur la couverture, avec au dos des photos qui correspondaient au film”.
René Chateau a ainsi fait de son nom une marque devenue iconique dans les vidéos clubs et auprès de générations d’amateurs de cinéma à la maison dans les années 1980 – 2000. Même si certains l’ont accusé de voler auteurs et ayants droit ou l’ont critiqué pour des films piètrement copiés. L’homme n’aura pas pu publier ses Mémoires – au titre déjà choisi et claquant comme il les aimait (La vie de Chateau) – ni, comme il en rêvait, conclut Christophe



