Dans un contexte de hausse des prix de l’énergie, les entreprises européennes doivent se réveiller et mettre la décarbonation au cœur de leur stratégie, au risque de perdre un avantage compétitif immédiat face aux entreprises américaines.
Par Rachel Delacour, co-fondatrice et CEO de Sweep, plateforme d’intelligence ESG (*)
L’envolée des prix de l’énergie en Europe et dans le monde, alimentée par les conflits internationaux, les ruptures d’approvisionnement et le bouleversement des flux commerciaux, a confirmé une réalité : les entreprises doivent repenser d’urgence leur stratégie énergétique.
Les entreprises les mieux préparées à ces chocs partagent un point commun : elles ont anticipé. En sécurisant des sources d’énergie alternatives ou en optimisant leurs chaînes d’approvisionnement, elles ont transformé ce qui apparaissait autrefois comme de simples initiatives de développement durable en véritables stratégies de gestion des risques. La durabilité devient une composante essentielle de la compétitivité. Les entreprises américaines l’ont bien compris : malgré les reculs réglementaires outre-Atlantique, elles continuent à accélérer leur décarbonation. Si les entreprises européennes ne se réveillent pas, elles perdront un avantage concurrentiel essentiel.
Investir en amont pour éviter l’improvisation
Pendant des années, on a considéré le développement durable comme une série d’initiatives périphériques, souvent perçues comme des contraintes ou des coûts supplémentaires. Aujourd’hui, il irrigue l’ensemble des processus de l’entreprise et devient un enjeu de souveraineté économique : de la consommation d’énergie aux chaînes d’approvisionnement, en passant par les décisions d’investissement et le reporting réglementaire. Le défi, désormais, est d’en faire un levier de performance.
Un levier clé pour y parvenir réside dans la maîtrise des données extra-financières. Lorsqu’elles sont centralisées et structurées, elles cessent d’être de simples outils de conformité pour devenir des leviers stratégiques. Elles permettent d’identifier des inefficacités dans la consommation énergétique, d’évaluer les risques liés aux fournisseurs ou de répondre plus rapidement aux exigences des clients et régulateurs. En somme, elles transforment une obligation en opportunité.
Certaines entreprises hésitent encore à considérer la structuration des données extra-financières comme un investissement stratégique. Or, cette hésitation coûte cher : pénalités réglementaires, efforts redondants entre équipes, voire vulnérabilité accrue aux chocs d’approvisionnement, qui menacent in fine notre souveraineté économique nationale. Il s’agit de choisir entre une approche proactive de gestion des risques et une improvisation dans l’urgence. Les régulateurs eux-mêmes ont compris cette évolution. Des lois climatiques émergent partout dans le monde, notamment en Europe et en Californie. Au-delà de la lourdeur administrative qu’on leur reproche parfois, elles sont surtout conçues pour ancrer le risque climatique dans la prise de décision des entreprises. Et visent donc, in fine, à améliorer leur compétitivité. Beaucoup d’entreprises – notamment américaines – l’ont déjà compris, et utilisent leurs données extra-financières comme elles utilisent leurs données financières : pour piloter, anticiper, et décider.
Un impératif de compétitivité
Dans un contexte où les prix de l’énergie pèsent lourdement sur la compétitivité, la durabilité devient un impératif économique. Ce n’est plus une question de conformité ou de communication, mais une nécessité pour préserver les marges et anticiper les transformations du marché. En somme, la durabilité fonctionne lorsqu’elle est intégrée au cœur des décisions.
Le message aux entreprises européennes est simple : intégrer la durabilité dans vos opérations n’est plus une option. C’est une urgence stratégique – et géostratégique -, ainsi qu’une opportunité de renforcer réellement votre compétitivité à court, moyen et long terme.
(*) Rachel Delacour, co-fondatrice et CEO de Sweep, est une serial-entrepreneure, primée à plusieurs reprises. Forte d’une expérience dans la finance, elle co-fonde BIME Analytics en 2009, une solution SaaS innovante de business intelligence, acquise six ans plus tard par l’entreprise américaine Zendesk. Rachel y occupe le poste de Directrice Générale avant de se consacrer à la lutte contre le changement climatique avec Sweep. Figure féminine emblématique de la tech européenne, Rachel est business angel et membre du conseil d’administration de plusieurs startups américaines et françaises. Élue co-présidente de France Digitale en 2018, elle a également participé au programme UBS Global Visionary. Rachel intervient régulièrement lors d’évènements prestigieux tels que Viva Tech et GreenBiz. Ses idées ont été publiées dans des médias renommés comme les Échos et le Point, ou encore The Economist et The Wall Street Journal. Attachée à la représentation féminine dans la tech, elle soutient plusieurs startups fondées par des femmes en France et aux États-Unis et a été désignée « Fondatrice de l’année » par Xena en 2024.





