CRITIQUE – Directeur de l’innovation chez Bpifrance, Paul-François Fournier décortique le changement de paradigme autour de l’innovation et propose une méthode aux grands groupes pour en faire une vraie stratégie.
Le monde a profondément changé et, avec lui, la nature même de l’innovation industrielle. À partir d’une analyse minutieuse de cette transformation, Paul-François Fournier, directeur de l’innovation chez Bpifrance, propose aux grands groupes une méthode pour s’adapter aux nouvelles règles du jeu. Son expérience chez Wanadoo et Orange dans les années 2000 et son rôle très actif dans la naissance de l’écosystème French Tech depuis 2013 l’ont placé aux premières loges. “J’ai vu l’innovation changer, et les difficultés des grands groupes pour s’adapter à la nouvelle donne,” explique l’auteur d’Innovation² (éditions Anne Carrière) au Figaro.
Longtemps pilotée de manière centralisée, avec des succès notables comme le TGV ou le programme nucléaire, l’innovation est désormais ouverte, plus rapide et de plus en plus portée par des start-up. À mi-chemin entre essai et guide opérationnel, l’ouvrage de Paul-François Fournier ne se contente pas de décrire ce basculement : il propose aux grands groupes une grille d’analyse et une méthode pour mettre en œuvre de véritables nouvelles stratégies d’innovation.
Grands groupes et start-up sont très complémentaires, et pourtant ils ont encore souvent du mal à travailler ensemble. C’est pourtant de leur interaction continue qu’émerge l’innovation aujourd’hui. “L’innovation interne ne suffit plus : pour rester compétitives, les grandes entreprises doivent intégrer les start-up dans leur stratégie, notamment les deeptechs, véritables moteurs d’innovations disruptives,” insiste-t-il. Pour rester compétitif, il faut raisonner sur le budget global de R&D interne et externe, plaide Paul-François Fournier : si la R&D réalisée par les start-up représente environ 20 % en France, un grand groupe devrait allouer 10 % à 30 % de ses efforts globaux de R&D à cette innovation externe. Cela implique un changement culturel important, mais seules les organisations capables de le faire resteront leaders de leurs filières.
Les grands groupes doivent désormais considérer l’innovation comme un véritable processus. Le livre décrit précisément les outils et les moyens humains et financiers nécessaires, et propose un modèle en quatre couches pour faire de cette innovation une véritable stratégie : “L’innovateur avisé réfléchit à la probabilité qu’un projet réussisse (approche statistique) plus qu’il ne croit avec certitude que le projet réussira ou échouera (approche déterministe). Dans la ‘physique de ce nouveau monde’, la diversification des projets et l’acceptation du risque sont essentielles. Il faut accepter d’investir dans plusieurs sociétés, de prendre des risques, de se tromper : ‘L’innovateur qui gagne à ce nouveau jeu est celui dont les quelques réussites compensent tous les échecs’, écrit l’auteur.
Il y a une transformation de l’innovation à faire. C’est de l’innovation dans l’innovation,” conclut l’auteur. Cela fait bien Innovation².






