Un effet domino sur toute l’économie
Le secteur pharma irrigue toute une chaîne économique : recherche académique, essais cliniques, logistique, production. “Chaque emploi dans notre secteur en crée environ deux ailleurs dans l’économie“, explique Geert Steurs, directeur économique de Pharma.be.
Autrement dit, le ralentissement actuel dépasse largement les entreprises pharmaceutiques. Pour les représentants du secteur, cela menace un écosystème entier, particulièrement dense en Belgique.
Pour Frédéric Clais, président du conseil d’administration de pharma.be, le phénomène s’inscrit dans un contexte plus large : “La concurrence mondiale s’accélère. Les États-Unis et la Chine investissent massivement, et l’Europe peine à suivre.“
Un décrochage européen qui impacte directement la Belgique, fortement spécialisée dans ce secteur. “Si l’Europe perd du terrain, la Belgique en perd encore davantage“, insiste-t-il.
Des exportations qui flanchent
Si une partie du recul peut s’expliquer par la fin des exportations massives de vaccins liés au Covid, un autre signal inquiète davantage : la baisse des exportations hors vaccins. Une première.
Le commerce avec les États-Unis, principal partenaire, se contracte également. Résultat : la balance commerciale du secteur se réduit, malgré un excédent toujours important.
Autre signal préoccupant : la chute des demandes de brevets et le ralentissement des investissements en recherche et développement. Pour Caroline Ven, CEO de pharma.be, le problème est structurel : “Nous sommes en train de perdre notre moteur d’innovation.“
La Belgique reste pourtant l’un des pays européens les plus performants en matière de recherche biopharmaceutique selon l’organisation, avec près de 6 milliards d’euros investis en recherche et développement. Mais cet avantage s’érode.
Pour le secteur, un problème central : le marché belge
Au cœur des critiques du secteur : ce manque d’attractivité du marché belge. Aujourd’hui, seulement un médicament innovant sur deux autorisé au niveau européen arrive effectivement sur le marché belge après cinq ans. À titre de comparaison, c’est 90 % en Allemagne et 80 % dans les autres pays limitrophes.
Sans marché local, il n’y a plus d’intérêt à investir et produire ici.
Le secteur dénonce également une fiscalité qu’il juge de plus en plus lourde. Entre taxes spécifiques et contributions imposées aux entreprises, la facture représente une pression jugée excessive par les acteurs du secteur, qui estiment qu’elle nuit à l’attractivité de la Belgique dans un contexte international de plus en plus concurrentiel.
Au-delà des enjeux économiques, les effets pourraient aussi et surtout se faire sentir sur l’accès aux soins. Selon une enquête menée auprès des entreprises du secteur, une crise de confiance dans le climat d’investissement se faire ressentir. Celles-ci s’attendent à des pertes d’emplois et près de la moitié prévoit une baisse des investissements en recherche et en essais cliniques. Or, ces essais constituent souvent la première porte d’accès aux traitements innovants pour les patients.
Le message de pharma.be est sans ambiguïté : sans changement de cap, le déclin pourrait devenir structurel. Pour Pharma.be, il faut mettre fin aux “économies disproportionnées” réalisées sur le budget des médicaments au sein du budget global de la santé, garantir un financement plus équilibré, soutenir l’innovation et réduire les taxes pour préserver l’attractivité du secteur.
“Attendre n’est plus une option, les conséquences pour notre économie et nos soins de santé sont trop importantes“, alerte Caroline Ven.




