Wood Pellets: a Controversial Green Energy

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    Installé à Arc-sous-Cicon dans le Doubs, Bernard Pourcelot a été l’un des tous premiers avec son frère à se lancer dans la fabrication de granulés de bois. L’usine qu’il a dirigée de 1983 à 1999 a dès le départ récupéré la sciure de bois des scieries environnantes pour fabriquer des pellets vendus à l’échelle du territoire et des départements limitrophes. C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui puisque l’entreprise rachetée en 2015 par Sophie Tattu et son compagnon n’a pas changé sa filière d’approvisionnement. Entièrement rénovée en 2022 pour réduire le plus possible les nuisances sonores et la pollution, le site produit chaque année 15 000 tonnes de granulés. Pour augmenter sa production et travailler 7 jours sur 7, l’usine devrait acheter davantage de matières premières. Elle n’est pas non plus équipée d’un broyeur capable de déchiqueter des arbres comme le font aujourd’hui d’autres sites industriels beaucoup plus grands.

    À Salins-les-Bains dans le Jura, la création d’une usine capable de produire 110 000 tonnes de granulés de bois par an est vivement contestée depuis que la presse locale s’est fait l’écho de ce projet en 2022. Un collectif de citoyens s’est rapidement transformé en association pour s’opposer à François Poizat, le patron de la société EO2. Soutenu par l’État, François Poizat a dans un premier temps obtenu l’accord de la communauté de communes “Coeur du Jura” qui finalement a changé d’avis en juillet 2025 après avoir entendu les arguments développés par l’association de citoyens baptisée Pays de Salins Environnement et co-présidée par Cendrine Chauvin et Jérôme Biro. Parmi les critiques récurrentes, le passage quotidien d’une centaine de camions par jour en plein centre-ville mais aussi une ressource forestière insuffisante pour alimenter la future usine. Un argument relayé localement par le SNUPFEN, le syndicat majoritaire à l’ONF représenté par Thomas Abel. Argument contesté par le chef d’entreprise qui affirme que la forêt jurassienne est largement capable de fournir les quantités de bois nécessaires.

    La question de la ressource est également au cœur de la contestation en Creuse. À Guéret, des collectifs, des associations, des syndicats et des élus locaux s’opposent à l’implantation d’une usine capable de produire 80 000 tonnes de pellets par an en utilisant des feuillus issus des forêts de 7 départements. Regroupés au sein du réseau forêts limousines, ces opposants n’ont pour l’instant pas réussi à empêcher la vente de 17 hectares de terrain à Antoine de Cockorne, le dirigeant de Biosyl qui a obtenu le permis de construire et a lancé les travaux préparatoires de défrichement en février 2026. Biosyl, qui est également soutenu par l’État, a mis en avant la création d’une quarantaine d’emplois directs dès que l’usine fonctionnera. L’argument économique a convaincu l’agglomération du Grand Guéret présidée par Eric Correia de s’engager au côté de ce chef d’entreprise.

    Propriétaire d’une autre usine à Cosne-sur-Loire dans la Nièvre, Antoine de Cockborne affirme que chacune de ses entreprises permet à 70 000 foyers de se chauffer à moindre coût. Accusé de puiser dans la ressource forestière via des coupes rases, le dirigeant affirme que ses détracteurs cherchent le “buzz” pour faire peur dans les chaumières. Critiqué parce qu’il est en partie financé par des fonds parisiens, Antoine de Cockorne réfute l’idée que sa société Biosyl ne respecte pas le temps long de la forêt pour des questions de rentabilité financière.

    À plus d’une heure et demie de route de Cosne-sur-Loire, sur les hauteurs du Morvan, des militants écologistes réunis au sein de l’association Adret Morvan affirment de leur côté que de très nombreuses parcelles ont été rayées de la carte pour nourrir les différentes industries qui exploitent la ressource forestière. Ils militent contre l’abattage massif des arbres, une pratique qu’ils considèrent néfaste pour la biodiversité. À l’instar de Marie-Anne Guillemain, l’une des responsables de cette association, ils plaident pour des petites unités de production de granulés de bois installées à proximité des scieries. Ils déplorent également le fait de n’être quasiment jamais associés à la gestion des forêts. Comme dans la Creuse et dans le Jura, ils estiment être trop souvent mis devant le fait accompli.