Féminisme, histoire de l'art et pop culture : avec Hortense Belhôte, la conférence fait sa révolution

    6
    0

    Au Théâtre de la Bastille, la performeuse revisite ses six “Conférences spectaculairesâ€. Des seules-en-scène féministes, queer et décoloniaux où, entre figures oubliées, récits minoritaires et humour pop, la vulgarisation historique devient un terrain de jeu et de lutte.

    Hortense Belhôte se donne. Sur scène, entre deux slides et fun facts historiques, elle partage ses photos persos, raconte un bout de sa vie, enfile (ou enlève) des costumes rigolos. À la ville, elle enchaîne et multiplie les projets : après un escape game taille XXL au Musée d'Orsay assorti d'un livre où elle réveille les collections de l'ancienne gare, et avant de boucler un projet d'audioguide pour le Musée des Augustins à Toulouse, l'autrice et performeuse présente, à l'invitation du Théâtre de la Bastille, à Paris, une rétrospective de ses six Conférences spectaculaires. Soit “des solos de vulgarisation, avec de l'autobiographie et de la pop cultureâ€. 

    Présentées pour la première fois comme un corpus, ces performances acquièrent une dimension nouvelle ; l'ensemble compose une sorte de “contre-université†toujours instructive, souvent militante et franchement drôle, où il est question de : l'histoire du foot féminin, de graffeuses, de la performance en danse contemporaine, de la montagne au-delà de sa privatisation par les plus riches, des oublié·es de la Révolution française, de 1664 (l'année comme la bière)… et d'Hortense Belhôte.

    De l'autobiographie aux phénomènes collectifs

    Historienne de l'art de formation, elle s'est progressivement éloignée du cadre académique strict pour inventer son langage scénique : seule au plateau avec son vidéoprojecteur et ses Powerpoint, la performeuse subvertit la forme du cours magistral pour faire déborder et incarner le savoir, une forme qu'elle décrit comme “un jeu entre trois éléments – les images, le discours et [son] corps, avec le public comme quatrième partenaireâ€.

    L'autobiographie occupe une place importante dans ce processus, loin du récit égocentré ; c'est la méthode d'Hortense Belhôte pour éclairer des phénomènes collectifs. “Chacun porte en lui des fragments de grandes histoiresâ€, souligne-t-elle.

    Excellente oratrice, l'historienne a le sens de la formule et l'adresse au public avisée, et use de l'humour comme liant entre les strates de ces solo shows d'une heure, qui révèlent vite leur complexité sous leurs atours pop. D'une part, Hortense Belhôte accole au partage du savoir une certaine forme de vulnérabilité. Dans Portraits de famille, elle convoque son histoire familiale ; dans 1664, il sera notamment question d'addiction et d'un coming out compliqué. 

    Un “Belhôte gaze†féministe, queer, décolonisé, une manière de relire les images et les archives qui irriguent les conférences. Et surtout, le politique affleure toujours dans le travail d'Hortense Belhôte : son prisme historique est toujours celui des récits minoritaires ou des dominé·es et ce qui relie organiquement ces conférences, c'est bien un regard. Un “Belhôte gaze†féministe, queer, décolonisé, une manière de relire les images et les archives qui irrigue les conférences, une position située assumée par une autrice qui porte une attention constante à la dimension pédagogique de ses spectacles pour qu'à la fin, “tout le monde reparte avec quelque choseâ€. 

    Dans Merci de ne pas toucher, les pastilles d'histoire de l'art érudito-bizarro-queer produites par Arte et qui l'ont révélée au (grand) public, elle ne faisait pas autre chose : utiliser, déjà, l'histoire comme un levier d'émancipation.

    “Comprendre l'histoire, c'est pouvoir se défendreâ€

    La performeuse insiste : la vulgarisation, c'est politique. Il ne s'agit pas seulement de transmettre des savoirs, mais de donner des outils : “Comprendre l'histoire, c'est pouvoir se défendre.†Dans un contexte de plus en plus tendu, ses conférences revisitées acquièrent, même à leurs endroits les plus légers, une gravité nouvelle. Mais “même en temps de relative paix sociale, il faut toujours penser l'histoire des luttes, insiste-t-elle. Sinon, au moment où il faut vraiment lutter, on ne sait plus comment faireâ€.

    Contre-université populaire et manuel d'auto-défense, cette rétrospective marque aussi la fin d'un cycle. Après plusieurs années à explorer la forme du solo, Hortense Belhôte regarde ailleurs. Vers des projets à plusieurs, peut-être : “J'ai envie de faire des choses où la création me dépasse.†Reste, pour l'heure, ce geste central : transmettre et outiller, toujours déplacer les regards, sans oublier de rigoler. Vive le Belhôte gaze. 

    Conférences spectaculaires – Une anthologie d'Hortense Belhôte, au Théâtre de la Bastille, Paris, du 30 mars au 22 avril : Une histoire du football féminin, du 30 mars au 1er avril ; Histoires de graffeuses, du 3 au 7 avril ; Performeureuses, du 9 au 11 avril ; Et la marmotte ?, du 13 au 15 avril ; Portraits de famille – Les oublié·es de la Révolution française, du 16 au 18 avril ; 1664, du 20 au 22 avril.
    Soirée “Ce soir, j'ai examâ€, le 21 avril.