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ÉDITO. LÉtat veut augmenter ses dépenses militaires mais avec quel argent? Entre défense et retraites, les prochains budgets devront faire des arbitrages difficiles

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Sébastien Lecornu a annoncé mercredi une augmentation de 8,5 milliards d’euros de la loi de programmation militaire d'ici 2030 pour acheter des munitions. Des crédits nouveaux qu'il va falloir financer.

L'annonce est passée presque comme une évidence. Hier, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a confirmé une hausse de 8,5 milliards d'euros des crédits consacrés aux munitions d'ici à 2030. Une inflexion majeure, dans un contexte stratégique qui se durcit. Et un signal clair: la France entend adapter son appareil militaire à un environnement international plus instable.

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L’Edito de Raphaël Legendre : Budget, pensions ou défense… il faut choisir – 26/03

L'effort est considérable. À lui seul, il représente une rupture avec les trajectoires précédentes. Le Premier ministre, François Bayrou, l'a résumé d'une formule: à l'échelle du début des années 2000, un tel montant équivaudrait à consacrer un budget annuel entier des armées à la seule acquisition de munitions. Le changement de paradigme est assumé: il s'agit désormais de préparer un État conçu pour la paix à un monde qui ne l'est plus tout à fait.

Mais comment financer cet effort?

Car le contexte économique complique singulièrement l'équation. Les dernières projections de Insee et de la Banque de France convergent: la croissance ralentit, le pouvoir d'achat progresse peu, tandis que le chômage et l'inflation demeurent sous tension. S'y ajoute un renchérissement marqué du coût de la dette, avec des taux d'intérêt à des niveaux inédits depuis plus de quinze ans. Chaque nouvel emprunt engage davantage les finances publiques.

Dans ces conditions, l'option d'un financement intégral par la dette apparaît de moins en moins soutenable. L'effort de défense appelle nécessairement des arbitrages. C'est ici que le débat devient politique. Au cœur de la dépense publique française se trouve le modèle social, dont le coût dépasse 700 milliards d'euros par an. Un montant considérable, sans que la progression de la pauvreté soit réellement endiguée. Les retraites en constituent le premier poste: elles absorbent, à elles seules, plus de la moitié de ces dépenses.

Singularité française

La singularité française est connue. Les pensions y sont, en moyenne, plus élevées que dans le reste de l'Europe. Elles sont aussi, en partie, financées à crédit, dans un contexte d'endettement public qui atteint des niveaux record. Selon les données récentes de la Drees, plus d'un tiers des nouveaux retraités voient leur niveau de vie s'améliorer au moment du passage à la retraite — une situation atypique à l'échelle internationale.

Faut-il, dès lors, solliciter davantage ce poste de dépense? La question se pose avec d'autant plus d'acuité que les marges de manœuvre budgétaires se réduisent. Elle ne saurait toutefois être abordée sans discernement. Les pensions les plus modestes, proches du niveau médian, ne peuvent être mises à contribution de la même manière que les retraites plus élevées.

Plusieurs pistes sont régulièrement évoquées: modulation de l'indexation pour les pensions supérieures, révision de certains avantages fiscaux, ou encore allongement de la durée d'activité. Autant de leviers qui, tous, impliquent des choix collectifs et engagent le contrat social.

Au fond, le dilemme est désormais explicite. La France doit concilier un niveau de protection sociale hérité d'une période de prospérité avec des exigences nouvelles en matière de sécurité et de souveraineté. Cette équation, longtemps différée, s'impose aujourd'hui avec une netteté accrue. Il ne s'agit pas seulement de finances publiques. Il s'agit d'un choix de société.