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En Vaucluse, les réalisateurs Toledano et Nakache racontent les 80s et leur conception du cinéma

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Après le raté de leur précédent long-métrage Une année difficile (sur de jeunes activistes écolos), Éric Toledano et Olivier Nakache retrouvent leur modjo avec Juste une illusion, entre rire inventif et émotions pimentées, sans, pour autant, atteindre leur niveau d’excellence XXL, qui culmina dans Le sens de la fête (2017) et Intouchables (2011). Louis Garrel, Camille Cottin et Pierre Lottin sont grandioses dans cette comédie douce-amère.

Avant la sortie sur les écrans le 15 avril prochain, le binôme le plus bankable du cinéma français (environ 35 millions d’entrées en cumulé pour leurs huit premiers films) a passé une journée en Vaucluse. Objectif : rencontrer à Avignon près de 300 exploitants de toute la France, avant de présenter leur opus au public du Capitole My Cinewest, au Pontet. Rencontre avec deux quinquas drôles, piquants et profonds. Comme leur cinéma, au fond.

Complexe du homard

Juste une illusion prend place en 1985 en banlieue parisienne, au sein d’une famille, dont les parents sont incarnés par Camille Cottin et Louis Garrel. “On suit un enfant de 13 ans, Vincent (Simon Boublil) qui regarde symboliquement son immeuble d’enfance pour aller vers l’âge adulte” souligne Éric Toledano. “Il y a une phrase de Charles Peguy qui dit : On est toujours un peu exilés du pays de son enfance. L’adolescence, c’est une période charnière, on découvre le côté insensé de l’existence. On prend conscience de la mort. Le désir, les questions existentielles, se percutent“. Olivier Nakache poursuit : “Françoise Dolto en parlait très bien dans Le complexe du homard, le fait de perdre sa peau d’enfant, d’être à nu puis de reconstituer une nouvelle peau.

“Film de sensations”

C’est notre neuvième film. On a fait des films d’histoires, des comédies pures. Là, on tenait à faire un film de sensations, par exemple retrouver l’odeur de ces années-là. C’est presque proustien” relève Éric Toledano.

Nostalgie ou pas?

Très tendance actuellement dans le cinéma français (le récent T’as pas changé de Jérôme Commandeur), les années 80 constituent l’épicentre du nouveau film de Toledano-Nakache. “Dans ce film il n’y a pas de nostalgie au sens où c’était mieux avant. Quand on parle de nostalgie, il y a une idée de souffrance, car on souffre d’un paradis perdu. Dans notre histoire, il y a un père au chômage, on évoque les années sida, SOS Racisme voit le jour à cette époque. Difficile d’être nostalgique” soutient Éric Toledano.

Marqueur musical

S’agit-il là du film le plus musical du duo de cinéastes ? Assurément. La bande originale de Juste une illusion est un grand huit émotionnel, à commencer par le tube qui donne son titre au film, Just an illusion (1982) du groupe funk Imagination. On croise au gré des séquences The Cure, Joy Division et autres I’m so excited des Pointers sisters (une inoubliable danse en liberté de Camille Cottin…).

Évidemment, Un autre monde de Téléphone, est de la partie. Toledano prend la parole : “dans le f ilm Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola (1974), il y a cette phrase : On voulait changer le monde mais c’est le monde qui nous a changés. À 13 ans, on rêve d’un autre monde. On n’est pas encore à l’âge adulte, où on découvre la désillusion. Le plus dur a été de ne pas tomber dans un juke-box prévisible“.
Pour Olivier Nakache, “la musique est un marqueur temporel et intime, qui a toujours une place cruciale dans nos films” (Avishai Cohen dans Le sens de la fête ou Ludovico Einaudi dans Intouchables). “Avant de faire le devis des films, on dit toujours à nos producteurs : il faut réserver une somme d’argent conséquence pour la bande-son (achat des droits Ndlr).

Claude Lelouch et eux

Dans Juste une illusion, Éric Toledano et Olivier Nakache citent le film de Lelouch Un homme et une femme (1966) et vont même à re-tourner des scènes de l’époque en guise d’hommage appuyé, notamment ce passage magique quand l’image passe de la couleur au noir et blanc sous la pluie.

Lelouch a toujours été d’une grande bienveillance avec nous, il a réalisé des films matriciels pour nous deux” note Olivier Nakache. Pour tourner des scènes dudit film culte, il leur a fallu demander l’autorisation à l’intéressé. “On lui a envoyé le scénario, il s’est marré et nous a dit : vous prenez tout ce que vous voulez, à une condition : que je vienne cadrer un plan (tourner une séquence Ndlr) dans le film ! Il est donc venu, il a tourné au zoom. Il y a un plan de Claude Lelouch dans notre f ilm. On est trop fiers“.

L’IA redoutéee?

Les deux réalisateurs ont-ils peur de l’IA (Intelligence Artificielle) pour le futur du cinéma ? Pour Olivier Nakache, “c’est une révolution qui pet donner l’impression d’un vertige, le fait qu’on ne puisse plus rien maîtriser. Récemment, on a vu cette vidéo générée par l’IA sur ce combat entre Brad Pitt et Tom Cruise. C’est bluffant. Il va falloir réguler tout ça, pour qu’on puisse discerner le vrai du faux.” Éric Toledano va plus loin : “l’Éducation nationale va devoir former les élèves au discernement, leur apprendre où est la vérité et comment on la cherche.“ 

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