Kill Bill
Vieux cinéma neuf
Avec Kill Bill : Volume 1 (Quentin Tarantino, 2003) et Kill Bill : Volume 2 (Quentin Tarantino, 2004), il ne s’agit pas que d’un film de vengeance coupé en deux, puis rendu à son unité 20 ans plus tard. Au début des années 2000, le DVD règne, internet commence à modifier la cinéphilie et le numérique avance. Le vieux monde des copies, des vidéoclubs, des affiches et des films mal vus n’a pas encore disparu. Kill Bill n’est pas un film “pur” techniquement, mais un fantasme analogique total, une machine à ressusciter des sensations de pellicule, de VHS, de cinéma de quartier, de bobines abîmées et de genres populaires revenus d’entre les morts. Robert Richardson, le chef opérateur, raconte que Tarantino voulait que chaque chapitre donne l’impression d’être “une bobine venue d’un film différent” – il est en effet question de western, de mélodrame, de thriller, d’horreur, de kung-fu, de blaxploitation et de chambara.
Robert Richardson a vu plus de 200 films pour préparer le projet. Kill Bill est tourné en Super 35mm, avec plusieurs stocks Kodak, dont un travail photochemical destiné à retrouver, pour la séquence d’entraînement avec Pai Mei, la “perte de génération” des vieux films de kung-fu. Mais Kill Bill dépasse le petit jeu malin des références. Tarantino fait un zoom brutal par-ci, une giclée de sang un peu trop rouge par-là, une musique piquée à une autre vie, un visage filmé comme une affiche, un sabre comme un objet sacré et ridicule à la fois : tout semble venir d’un cinéma populaire mondial qui aurait été découpé puis recollé dans une forme neuve. Il réanime les vieux genres à coups de sabre.





