Le “son Mk.gee” infuse de plus en plus dans la scène musicale américaine. Le chanteur et guitariste de 29 ans a affiné une manière de jouer bien particulière, reposant sur une utilisation virtuose d’une pédale d’effets de guitare très rétro du nom de Roland VG-8. Ce qui lui vaut les louanges de la presse et des amateurs, qui le qualifient de véritable prodige, écrit le magazine The Atlantic.
Les fans sont sans cesse en quête du prochain ‘guitar hero’ capable de renouveler cet instrument à six cordes. Et ils l’ont trouvé en la personne de Mk.gee.
Michael Gordon, alias Mk.gee donc, a suscité l’attention à l’occasion du festival Coachella, grande messe de la musique qui vient de se tenir en Californie, du 10 au 19 avril. Il a accompagné sur scène le chanteur américain Dijon et le Canadien Justin Bieber, avec lequel il a collaboré sur deux albums.
Bon Iver avait également fait appel à lui sur un disque et Eric Clapton le cite comme son nouveau guitariste préféré. “Il suffit de prêter l’oreille pour se rendre compte que le son grunge venu d’une autre planète de Mk.gee est partout”, explique The Atlantic.
Une petite révolution
Pourquoi tant d’admiration ? C’est que le jeune musicien a frappé fort dès la sortie de son premier album, acclamé par la critique en 2024, “Two Star & the Dream Police”, où sa guitare prend des accents d’orchestre symphonique, de feulement d’animal, d’incendie de forêt ou de cri humain, quand elle n’évoque pas une radio grésillant au fin fond de l’océan, s’enflamme Guitar World. Repoussant les limites de l’instrument, son son “a contraint bien des mélomanes à revoir leur avis sur la façon dont doit sonner une guitare”, ajoute le mensuel sur son site.
En branchant sa Fender électrique vintage à l’enregistreur Tascam-424, il a piqué la curiosité des mélomanes les plus avertis et même poussé certaines marques de pédales à exploiter le regain d’intérêt autour de ce que l’on nomme “lo-fi”, un style de production qui joue sur les imperfections.
Et sous l’influence de Mk.gee, la pédale d’effets Roland VG-8 est également revenue à la mode, comme en témoigne la multitude de forums et de tutoriels destinés à apprendre à jouer comme lui. Son prix d’occasion est même passé de 200 dollars en moyenne à plus de 1,000 dollars en 2024. L’artiste s’en sert notamment pour faire sonner sa guitare comme un autre modèle, changer électroniquement les amplificateurs, les microphones et même l’environnement acoustique. Et surtout cela “vient avec des dizaines de sons synthétiques et d’effets de guitare” très prenants dans sa musique, selon The Atlantic.
Cette “personnalité fascinante et hors du commun dans le monde de la pop”, comme le décrit The New Yorker, “a réussi à trouver le moyen de redonner ses lettres de noblesse à la guitare électrique mais aussi d’en faire un instrument exubérant, dangereux, insondable et d’une malléabilité sans limites”. Car il manie avec virtuosité cette pédale d’effets, qui n’est pas simple à maîtriser, pour expérimenter et entremêler ses riches influences.
Son jeu de guitare a beau être très incarné, souvent virtuose, il s’ingénie également apparemment à vouloir produire une musique qui a l’air de sortir tout droit d’un iPhone.
Futuriste et rétro à la fois
Mk.gee semble en effet vouloir à tout prix éviter un son lisse, en empruntant des chemins détournés, souvent surprenants, dans ses morceaux. “Michael Gordon se révèle volontiers facétieux, et ses chansons se plient rarement aux attentes de l’auditeur,” poursuit le New Yorker.
Les résolutions harmoniques sont rares et ses motifs, bien que saisissants, se retrouvent noyés ou brusquement interrompus. Tout a l’air bancal et comme assourdi.
Le magazine a eu la chance de le voir en 2025 sur une petite scène, prévoyant déjà à l’époque “que c’était sans doute la dernière fois que [Mk.gee] jouait devant un public aussi confidentiel.” Jouant comme souvent d’une Fender Jaguar vintage – guitare qui a eu un moment de résurgence dans les années 1990, avec le mouvement grunge – il sonnait “futuriste, comme s’il venait d’une autre galaxie” et il “incarnait le comble du cool.”
C’est aussi ce qui fait sa singularité : nostalgie et avant-garde tout à la fois. Un programme qui résonne fortement auprès des plus jeunes comme des pontes du rock.



