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Entre Trump et lIran, ce nest pas du poker mais une partie  déchecs de Machiavel 

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A l'inverse d'un jeu, il est difficile de voir émerger qui sera gagnant à la fin de la guerre en Iran. Certains observateurs comparent ce qui se joue à une partie de poker, côté américain, ou d'échecs, côté iranien.

Un réflexe qui « éclaire une partie du problème, mais qui rate l'essentiel du moment politique actuel », nuance Emmanuel-Pierre Guittet, chercheur associé au Centre d'études sur les conflits, liberté et sécurité (CECLS) à l'université de Nanterre. Depuis son retour à la Maison-Blanche avec sa diplomatie de l'ultimatum – rarement mis à exécution – et ses multiples volte-faces, Donald Trump a participé à sa propre décrédibilisation.

Des coups de bluff côté américain

On peut en effet lire dans les déclarations tonitruantes et les annonces menaçantes du président américain une sorte de bluff semblable au poker (menteur) pour faire croire qu'il a la main sur la partie. Mais cette méthode consistant à infliger une « pression psychologique sur ses adversaires et des tentatives constantes pour les contraindre à prendre des décisions difficiles » a « peu de chances d'aboutir à une quelconque forme de succès. Nous l'avons constaté la semaine dernière » lors des négociations ratées au Pakistan, analyse Sarah El-Abd, chercheuse spécialisée dans les conflits armés, la diplomatie et les cessez-le-feu.

Entre Trump et lIran, ce nest pas du poker mais une partie  déchecs de Machiavel 
Donald Trump joue-t-il au poker face au régime iranien ?  - Montage 20 Minutes/Pixabay/Sipa

La stratégie de Donald Trump dans cette guerre contre l'Iran est peu lisible. Voire inexistante. Ce qui rend compliqué l'analyse de ses déclarations et mouvements – souvent contradictoires, parfois surprenants – et donc la mesure de l'efficacité des moyens employés. « Si nous ne comprenons pas quel est ce résultat escompté, tant pour l'Iran que pour les États-Unis, nous serons totalement incapables d'évaluer l'efficacité de leurs actions », affirme ainsi Sarah El-Abd. Si Donald Trump joue au poker, il semble échouer à atteindre ses objectifs de soumettre l'Iran aux exigences des Etats-Unis, poursuit-elle.

L'Iran laisse l'autre faire des erreurs

Du côté de l'Iran, les objectifs sont clairs : préserver sa souveraineté, refuser de se soumettre aux États-Unis. « Dans cette partie d'échecs, les Iraniens semblent assurément faire preuve d'une grande efficacité et afficher des résultats probants », estime la chercheuse. A la fin, si les négociations échouent, ce n'est pas tant à cause des points de crispation, qu'il s'agisse du Liban ou du détroit d'Ormuz, que de « l'échec des joueurs de poker, qui ne parviennent presque jamais à s'imposer dans les négociations diplomatiques », assure Sarah El-Abd qui voit dans la stratégie iranienne l'application de la doctrine attribuée à Napoléon Bonaparte : « N'interrompez jamais un ennemi qui est en train de faire une erreur ».

De l'autre côté, « les États-Unis veulent rafler toute la mise, ou bien que personne ne gagne », estime encore la chercheuse. Or, toutes les guerres qui préoccupent le monde en ce moment, qu'il s'agisse de l'Ukraine, du Soudan, du Congo ou de l'Iran, il n'existe plus de « bataille finale » permettant d'identifier clairement un gagnant et un perdant. « On est plutôt dans une guerre sans fin car y mettre un terme sans perdre la face est presque impossible pour Donald Trump, un président piégé par sa propre obsession de la puissance », juge Bertrand Badie, professeur émérite des universités à Sciences Po Paris et spécialiste des relations internationales.

Des « coups » qui laissent des traces

Les deux pays ne s'affrontent pas avec les mêmes armes et le terrain d'affrontements est loin d'être une page blanche. « Le terrain est un paysage accidenté, saturé d'alliés, de rivaux, de forces par procuration, de contraintes intérieures », rappelle Emmanuel-Pierre Guittet. Pour le chercheur, c'est toute la limite de cette métaphore de l'échiquier, trompeuse, du fait du plateau de jeu « lisible et réversible ».

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A l'inverse, dans le Golfe, « chaque coup » laisse des traces, des morts, des humiliations et donc des rancœurs. « On n'avance pas sur un damier propre, on négocie sur un plateau qui se bouche, qui s'obscurcit », poursuit Emmanuel-Pierre Guittet qui préfère alors la métaphore de l'échiquier de Machiavel (ou Djambi).

L'échiquier de Machiaval (ou Djambi) est un jeu de société souvent pris pour exemple pour expliquer les enjeux diplomatiques puisqu'il se base sur le principe de la négociation entre les joueurs.
L’échiquier de Machiaval (ou Djambi) est un jeu de société souvent pris pour exemple pour expliquer les enjeux diplomatiques puisqu’il se base sur le principe de la négociation entre les joueurs. - Libre de droits

Un jeu « où l'alliance est une arme, la trahison est une possibilité structurelle, l'ambivalence est une compétence, et où les “cadavres” restent sur le plateau et encombrent la manÅ“uvre », illustre-t-il. Sans oublier que la guerre est globalisée et a des conséquences sur l'économie mondiale, donc sur toute la population. « On n'est pas dans une partie de cartes ! », balaye Bertrand Badie rappelant que la situation est autrement plus complexe qu'un simple jeu, en plus d'être humainement dramatique.