Culture Selection of March 2026

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    Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

    L’arbre de la connaissance de Eugène Green

    Masse. Ce drame fantastique franco-portugais réalisé par Eugène Green, né à New York en 1947 et installé en France, s’inscrit dans sa série de films tournés à Lisbonne. Après La Religieuse portugaise (2009), Comment Fernando Pessoa sauva le Portugal (2018), et le documentaire Lisboa revisitada (2019), on suit Gaspar, un adolescent de Lisbonne qui se retrouve aux mains d’un homme surnommé l’Ogre, qui a conclu un pacte avec le diable. Cet ogre exploite le garçon pour attirer des touristes qu’il transforme en animaux, dont il se nourrit. Gaspar finit par s’évader avec un chien et une ânesse. Ce film met en scène Rui Pedro Silva, Ana Moreira et Diogo Doria, tous impeccables dans leurs rôles respectifs. À travers un récit qui fait la part belle au fantastique, L’arbre de la connaissance traite intelligemment de l’impact du tourisme de masse.

    L’arbre de la connaissance de Eugène Greene (FRA/POR/ALL, 2025, 1h41), avec Rui Pedro Silva, Ana Moreira, Diogo Doria, 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie Blu-ray). Sortie le 7 avril 2026.

    Mektoub my love. Canto Due de Abdellatif Kechiche

    Eté. Dernier volet d’une trilogie débutée en 2016, Abdellatif Kechiche ne déçoit pas. Après Mektoub, My Love. Canto Uno (2018), Mektoub, My Love. Intermezzo (2019, inédit en salle), Mektoub my love. Canto Due (2025) prolonge l’immersion dans un groupe de jeunes adultes à Sète, dans les années 1990, en mêlant relations affectives et quête d’avenir. De retour dans sa ville natale après des études à Paris, Amin est toujours porté par son désir de faire du cinéma. Par un heureux hasard, un producteur américain en vacances s’intéresse à son scénario, Les Principes essentiels de l’existence universelle, et suggère à sa femme, qui est actrice, d’en interpréter le rôle principal. Mais les aléas du destin bouleversent ses plans, alors qu’autour de lui gravitent amis et romances. Ce film vient joliment clore cette trilogie, tout en poursuivant la très belle idée d’un été sans fin.

    Mektoub my love. Canto Due de Abdellatif Kechiche (FRA, 2025, 2h19), avec Shaïn Boumedine, Jessica Pennington, Ophélie Bau, 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 8 avril 2026.

    Dites-lui que je l’aime de Romane Bohringer

    Mère. Romane Bohringer est de retour avec Dites-lui que je l’aime, qui est son second long métrage, après L’Amour flou en 2018. Adaptée du récit éponyme publié en 2019 par la députée française Clémentine Autain [Dites-lui que je l’aime, Grasset – NDLR], l’histoire s’inspire de sa relation avec sa mère, l’actrice Dominique Laffin. Romane Bohringer transpose ce matériau à l’écran, en l’entremêlant à sa propre histoire familiale, et en explorant les thèmes de l’absence maternelle et de la reconstruction personnelle. Des figures maternelles peu présentes, une dépendance à la drogue, une présence en pointillé et, au final, le même constat : le sentiment d’avoir été privé de sa mère. Ce film explore avec subtilité la relation mère-fille, mais aussi la quête de compréhension et de lien familial, en mêlant fiction et éléments autobiographiques.

    Dites-lui que je l’aime de Romane Bohringer, avec Romane Bohringer, Clémentine Autain, Eva Yelmani (FRA, 2025, 1h32), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie Blu-ray). Sortie le 8 avril 2026.

    Bark de Marc Schöllermann

    Forêt. Après Pathology (2008), le cinéaste allemand Marc Schöllermann est de retour avec Bark (2025). L’histoire met en scène Nolan Bentley, qui se réveille attaché à un arbre au cœur d’une forêt isolée, sans aucun souvenir de la manière dont il est arrivé là. Au fur et à mesure que le temps passe et que sa situation devient critique, il doit affronter ses propres démons et tenter de comprendre les raisons de cette très inconfortable situation. Mais l’apparition d’un homme mystérieux dans les bois vient compliquer sa lutte pour survivre. Signé Steve Fauquier, le scénario est malin. Il place le protagoniste dans un huis clos naturel, qui allie tension physique et introspection psychologique, dans la lignée de thrillers minimalistes, où peu d’éléments suffisent à installer une atmosphère oppressante. Evoquant les thèmes de la survie et de la confrontation à son passé, Bark est une réussite.

    Bark de Marc Schöllermann, avec Michael Weston, A.J. Buckley, Crazy Horse (ALL/USA/G.-B., 2025, 1h30), 12,99 euros (DVD), 14,99 euros (Blu-ray). Sortie le 22 avril 2026.

    14 juillet de Benjamin Dierstein

    Trilogie. La sortie de 14 juillet vient clore une brillante trilogie sur la politique française des années 1970-1980. Bleus se déroule en 1978-1979, dans une France des années de plomb : deux jeunes policiers, un brigadier infiltré et un mercenaire, sont embarqués dans la traque d’un trafiquant d’armes sur fond de terrorisme, de barbouzes et de Francafrique. On les retrouve dans L’étendard sanglant est levé en 1980-1982, en pleine crise économique, alors que la guerre des polices, le banditisme et la corruption politique prolifèrent. Enfin, 14 juillet évoque la période 1982-1984, alors que la cellule antiterroriste française traque des réseaux et que l’État affronte des menaces intérieures. En mêlant enquête policière et politique, l’auteur fait de cette trilogie un moment important du roman policier politique contemporain.

    Bleus, blancs, rouges (tome I) de Benjamin Dierstein (Flammarion), 800 pages, 24,50 euros.

    L’étendard sanglant est levé (tome II) de Benjamin Dierstein (Flammarion), 914 pages, 24,50 euros. 14 juillet (tome III) de Benjamin Dierstein (Flammarion), 880 pages, 24,50 euros.

    L’amant et autres récits de Marguerite Duras

    Indochinois. La prestigieuse collection de la Pléiade rassemble dans L’amant et autres récits des textes majeurs de Marguerite Duras (1914-1996). Ce tirage spécial réunit quatre œuvres essentielles du “cycle indochinois” : Un barrage contre le Pacifique (1950), L’Eden Cinéma (1977), L’Amant (1984) et L’Amant de la Chine du Nord (1991). L’ensemble est enrichi de documents qui éclairent la genèse, la conception et la réception de ces écrits, ainsi que de notes et du matériel d’archives. À travers ces textes ancrés dans l’Indochine de son enfance et l’écriture singulière qui caractérise son œuvre, Duras explore des thèmes récurrents comme l’enfance, l’amour, la transgression, les conditions sociales et les relations familiales. Cette édition spéciale valorise ces œuvres, soulignant l’importance historique et stylistique de ces récits dans la production de Marguerite Duras et dans la littérature française du XXème siècle.

    L’amant et autres récits de Marguerite Duras (Gallimard, la Pléiade, tirage spécial), 976 pages, 64 euros.

    Le Casse Ultime de Don Winslow

    Nouvelles. Le Casse ultime marque le retour de Don Winslow. Ce livre rassemble plusieurs nouvelles criminelles inédites, racontées avec humour. On y suit, entre autres, des braqueurs qui préparent un dernier coup (évidemment) risqué, un ancien policier confronté à la corruption et des personnages pris dans des embrouilles où loyauté, trahison et hasard décident du sort de chacun. Chaque récit explore la tension entre survie, choix moraux et conséquences inévitables, tout en dépeignant des environnements variés : rues urbaines, maisons closes ou casinos. Winslow reste fidèle à son style : rythme soutenu, dialogues percutants et intrigue serrée, offrant un panorama condensé, mais dense, de son irrésistible univers noir. Chaque nouvelle séduit par ses qualités propres. La Liste du dimanche est aussi émouvante que Véridique est maligne et folle. L’ensemble est hautement recommandable.

    Le Casse Ultime de Don Winslow (Harper Collins Noir), 372 pages, 22,50 euros.

    On ne parle pas de ces choses-là de Marine Courtade et Alexandre Petit

    Tabou. Avec On ne parle pas de ces choses-là, Marine Courtade livre une BD autobiographique qui associe témoignage personnel et enquête journalistique. Elle puise dans les violences sexuelles subies pendant son enfance, et sur le silence familial qui les a entourées, en analysant les mécanismes de déni, de honte et d’inaction collective. Raconté à la première personne, ce récit s’appuie sur des entretiens menés auprès des membres de sa famille, ainsi que sur des données issues de travaux institutionnels. En France, selon la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), 160 000 enfants sont victimes d’inceste chaque année, et près d’un Français sur dix a subi des violences sexuelles intrafamiliales. Pourtant, seules 9 % des victimes parlent au moment des faits. Le dessin épuré d’Alexandra Petit accompagne ce propos sans pathos. Cette BD est un outil d’information et de sensibilisation précieux, sur un sujet encore largement tabou.

    On ne parle pas de ces choses-là, de Marine Courtade et Alexandre Petit, (Casterman), 224 pages, 25 euros.

    Frankenstein de Stan Manoukian

    Mythe. Frankenstein fait dialoguer le texte fondateur de Mary Shelley (1797-1851) avec les illustrations de Stan Manoukian. Ce très bel objet de 256 pages propose le récit complet du roman Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818), dans lequel un jeune scientifique suisse, Victor Frankenstein, donne vie à une créature assemblée à partir de fragments humains, puis la rejette, déclenchant une spirale de souffrance et de vengeance. Située au carrefour de la littérature gothique, de la science-fiction et de l’horreur, cette œuvre interroge les limites éthiques de la science, les conséquences de l’ambition et la condition d’un être créé par l’homme. Dans cette très belle édition illustrée, Stan Manoukian utilise le graphite, la gouache et des effets métalliques pour rendre visuellement la dimension à la fois mécanique et humaine de ce mythe. Un carnet de chimères et de pages de laboratoire viennent souligner certains passages clés du récit.

    Frankenstein de Stan Manoukian (Gallimard – Papillon noir), 256 pages, 35 euros.

    It’s The Long Goodbye The Twilight Sad

    Introspectif. Les Ecossais de The Twilight Sad reviennent. Six ans après leur précédent album It Won’t Be Like This All the Time (2019), James Graham au chant et Andy MacFarlane à la guitare proposent It’s The Long Goodbye, qui constitue leur sixième album studio. Les dix titres de ce disque sont principalement centrés sur des thèmes liés à des expériences personnelles récentes, notamment le deuil, la santé mentale et les bouleversements familiaux. L’ensemble de cet album construit une progression émotionnelle autour d’un narrateur confronté à la perte et à la crise intérieure. Construit autour de tensions instrumentales et de passages plus introspectifs, It’s The Long Goodbye est une nouvelle fois magnifié par la voix de James Graham. Par moments, cette noirceur est contrebalancée par une émotion plus apaisée, presque résignée, qui évoque l’acceptation. Attempt a Crash Landing – Theme évoque tout cela à la fois.

    It’s The Long Goodbye, The Twilight Sad (Rock Action Records), 17,99 euros (CD), 32,99 euros (vinyle).

    Trying Times James Blake

    Intime. Le sixième album studio de James Blake vient de sortir, et il faut absolument se jeter dessus. Il s’inscrit dans la continuité d’une discographie caractérisée par une production électronique minimaliste et des textes introspectifs, qui vient après Friends That Break Your Heart (2021). Ce disque explore des thématiques de rupture, de solitude et de résilience personnelle, articulées autour de mélodies électroniques, de piano et de textures vocales réverbérées. Les titres alternent rythmes atmosphériques et passages plus épurés, dans lesquels James Blake expérimente la distorsion vocale et des arrangements hybrides, entre soul, pop et ambient. Chacun des 12 très beaux titres s’inscrit comme un épisode d’un récit émotionnel fragmenté. En 48 minutes joliment distillées, Trying Times parvient facilement à convaincre, quelque part entre expérimentation sonore et narration intime.

    Trying Times, James Blake (Good Boy Records/Virgin Records/Universal), 15,99 euros (CD), 31,99 euros (vinyle).

    Ricochet Snail Mail

    Sensibilité. Avec Ricochet (2026), Snail Mail (Lindsey Erin Jordan) poursuit sa trajectoire indie rock et introspective amorcée avec Lush (2018) et Valentine (2021). Ce troisième album est toutefois marqué par une évolution dans l’écriture et les arrangements, puisqu’il mêle des guitares claires, des rythmiques douces et des textures sonores plus riches que dans ses précédentes productions. Snail